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Petit vocabulaire du JT


Un journal télévisé se compose d'une succession de séquences, au minimum trois (cas particulier du flash spécial composé d'un générique-début, d'une information unique et d'un générique-fin).

Le concept de séquence est explicite dans le travail de réalisation et
d'édition (à chaque séquence correspond un numéro dans la conduite), mais implicite dans le travail du journaliste, qui raisonne la plupart du temps sur un schéma simplifié chapeau/sujet.

Différents types de séquences…

Le générique-début joue un rôle mobilisateur de repère et d'accroche. C'est la sonnerie de clairon qui bat le rappel des troupes. Généralement graphique, toujours musical, il déroule un tapis sur lequel vont s'asseoir les titres.
Paramètres signifiants: durée (de plus en plus court dans l'histoire récente de la RTBF), dynamique visuelle et musicale (alternance softissimo/fortissimo influencée par l'air du temps et les choix stratégiques de conquête du spectateur qui privilégient tantôt l'hypnose, tantôt le viol), composants
iconiques (incontournable mappemonde).

Le générique-fin se résume souvent à un déroulant superposé à un plan large du studio.

Les titres. Avec ou sans présentateur visible (plein cadre ou encadré dans une fenêtre qui prolonge le générique), avec ou sans tapis musical, avec ou sans illustration (images fixes ou animées), avec ou sans support écrit. Lorsqu'un événement éclipse les autres dans l'actualité du jour, la séquence titres
disparaît. Dans ce cas, une mention en amorce du premier chapeau ("Un seul titre ce soir...") rassure le téléspectateur sur la normalité du dispositif.

 

Le rappel des titres prend place en fin de journal. Il est souvent plus succinct que les titres, et, à l'inverse de ceux-ci, généralement dépourvu de tapis sonore.

Après le générique et les titres, l' ouverture désigne la première séquence développant une information. Il s'agit le plus souvent d'un reportage ou d'un direct: on attend de l'ouverture qu'elle soit la plus "chaude" possible et qu'elle imprime un rythme au journal, ce qui disqualifie a priori les invités, plateaux et autres rubriques. Lorsqu'il s'agit d'une image forte qui se suffit à elle-même (la mise à feu d'une fusée ou le "oui" d'une princesse à son prince), l'ouverture précède parfois le premier chapeau.

La fausse-ouverture est la promotion en une d'une information liée à un enjeu secondaire, voire anecdotique, mais qui se singularise par un aspect extra-ordinaire, image étonnante ou aventure humaine hors du commun par exemple. Par essence, la fausse-ouverture ne figure pas dans les titres.

Le chapeau est un texte introductif lu par le présentateur. L'art du chapeau consiste à équilibrer deux nécessités parfois incompatibles: situer l'information et son contexte (en dire assez) et donner l'envie d'écouter la suite (ne pas en dire trop). Un intertitre et/ou une illustration (anciennement dia) ont complété à certaines époques les chapeaux du Journal Télévisé.

La désannonce est un complément de séquence. Elle permet au présentateur de rectifier une erreur, de clarifier une ambiguïté, d'excuser une imperfection technique, de donner une information de dernière minute, ou d'apporter une précision d'ordre pratique (numéro de téléphone, date de concert).

 

La transition n'est pas une séquence à part entière, mais un début de chapeau qui établit un lien entre la séquence qui précède et celle qui va suivre.

Le plateau est un commentaire analytique ou explicatif délivré en studio par un journaliste maison. Le chapeau du plateau est le lancement, généralement une question. En cas de relances multiples du journaliste par le présentateur, le plateau se transforme en dialogue.

Le direct est un plateau à distance, mettant en scène un journaliste ou un intervenant familier des médias (commentateur, expert, personnage de l'actualité). Dans ce dernier cas, il s'agit souvent d'un duplex, autrement dit un dialogue à distance.

Le faux-direct est un direct préenregistré, et plus ou moins honnêtement présenté comme tel. L'expression faux-duplex ne s'utilise pas.

 

Un téléphone est un billet radio ou une interview réalisée par téléphone et illustrée d'une carte situant l'origine du billet et/ou d'une photo du locuteur invisible et/ou d'images en rapport avec le contenu décrit. On habille un téléphone en y collant de l'EVN.

Le direct par téléphone est une variante à bon marché du direct.

Le duplex par téléphone ne se pratique que dans des circonstances exceptionnelles.

Une illustration (ou illu) est une composition iconique plus ou moins recherchée (images d'actualité retravaillées, symboles, lettrage...) qui sert d'arrière-plan au présentateur chargé de faire/donner une info.

Une librairie (ou lib) est une image ou un graphique plein cadre: photo d'un disparu de second rang, carte introduisant un reportage, chiffres du chômage ou tableau de résultats sportifs par exemple.

L'épi est tombé en désuétude. Il permettait de montrer un document à l'écran (livre d'un invité).

Le reportage est l'ingrédient de base du JT. Il suppose un tournage frais et la collecte de sonores (extraits d'interviews des protagonistes). Le reportage idéal s'inscrit dans le prolongement des règles du théâtre classique: unité de temps, de lieu et d'action. L'insertion d'archives ou de graphiques dans un reportage s'apparente à un acte contre-nature. L'in-situ (ou face-cam) est la signature du reportage lointain (distance élastique).

Un EVN est un reportage de seconde main. Il utilise des images fournies par des télévisions amies (réunies au sein de l'UER, dont les échanges quotidiens portent le nom d'EVN) ou par des agences (Reuters, APTV, WTN). Elles sont montées (s'il s'agit de rushes) ou remontées (si la source est déjà un reportage cohérent, cas le plus fréquent) et commentées par le journaliste sur base des dépêches et des dope-sheets, descriptions plus ou moins détaillées qui accompagnent ces images.

La rubrique combine des éléments de reportage et d'archives, des graphiques, des animations, des interviews d'experts ou de témoins... dans un souci d'analyse (le point), d'évocation (le rappel historique) ou d'élucidation (la rubrique explicative). Format rubrique désigne une séquence d'une durée
supérieure à la moyenne. Par extension, l'appellation rubrique est parfois erronément attribuée à un reportage long.

Un sujet est indifféremment un reportage, un EVN ou une rubrique.

L'unilat ("liaison unilatérale"), aussi appelée faisceau ou transmission, est un sujet envoyé par satellite de l'étranger.

L'à-travers (ou, rarement, beta traversé) est un sujet commenté par le présentateur en studio. Il s'agit en général d'un EVN ou d'un mini-reportage. Le recours aux à-travers permet de multiplier les informations et soutient le rythme d'une édition.

Selon qu'un sujet se rapproche ou s'éloigne de la tête du journal, on dira qu'il remonte ou qu'il redescend. S'il est retiré de la conduite, il saute. Il rejoint alors généralement le marbre.

Une cabine est un sujet commenté en direct par un journaliste qui n'a pas eu le temps de passer en sono.

 

 

Trois cas particuliers de sujets

 

Le mickey est une séquence dont l'intention affichée est moins de fournir une information que de distraire (exposition de pandas), d'émouvoir (panda orphelin) ou d'étonner (panda polyglotte). Le mickey est un outil de dédramatisation. Il prend souvent place en fin de journal, est forcément court et se résume parfois à un à-travers.

Le tunnel est une séquence potentiellement trop longue, synonyme d'ennui. Une rubrique ou un plateau devient un tunnel au moment où le téléspectateur prend conscience de sa durée. Cette déficience de rythme et de densité n'est pas
aisément quantifiable: certains à-travers de quarante secondes sont d'interminables tunnels. L'expression s'applique exclusivement aux exercices solitaires du présentateur ou d'un journaliste; une interview, aussi longue et rasoir soit-elle, n'hérite jamais du vocable tunnel.

Le mastic, terme péjoratif, est une rubrique d'explication ou d'analyse composée d'une interview d'expert débitée en plusieurs tranches entre lesquelles le journaliste insère des commentaires de liaison illustrés d' images-prétexte.
Le résultat se singularise par sa lourdeur. Le véritable mastic est aussi un tunnel.

 

 

A l'intérieur d'un sujet

 

Il y a des larges, des serrés, des zooms, des dé-zooms, des panos, rarement des plans-séquences. Le vocabulaire cinématographique du journaliste-lambda se limite à ces ingrédients-là.

Le terme Imagique désigne tableaux, graphiques et autres animations (Imagique est le nom du département qui les réalise). On utilise encore parfois le synonyme chyron, du nom du fabricant des premiers ordinateurs graphiques.

Le tapis ou décor sonore meuble les trous de la bande son, plus précisément l'absence de son inter (de "son international", ambiance sonore du reportage, à l'exclusion du commentaire).

L'image d'archives est fréquemment confondue avec l'image-prétexte (file de chômeurs anonymes, pensionnés jouant à la pétanque, coulée continue sidérurgique...) L'abus de la seconde trahit le manque d'inspiration (ou d'énergie) du journaliste. L'image d'archives enrichit une séquence, l'image-prétexte l'appauvrit. L'image d'archives est repérée par un sous-titre.

La caméra cachée est une technique prohibée. La reconstitution nécessite un grand savoir-faire pour échapper au ridicule.


Par ailleurs…

 

Une page spéciale est un petit JT thématique enchâssé dans un plus grand.

YTh, septembre 98