Les spécificités du journalisme digital

(référence:

Thiran Yves, "Les spécificités du journalisme digital", "Le Guide des
Médias" supplément 25, 1996, Pp 61-78, Editions Kluwer, Bruxelles)

L'introduction progressive de l'ordinateur dans les salles de rédaction aboutit à un paradoxe. D'un côté de nouveaux outils d'investigation et de contact confèrent au journaliste un pouvoir inédit. Dans le même temps les caractéristiques des nouveaux médias électroniques mettent son utilité en question et l'obligent à repenser la spécificité de sa fonction. Cet article décrit les contours d'une évolution contradictoire.

1. Le Journalisme Assisté par Ordinateur

Sur le modèle de la C.A.O. - conception assistée par ordinateur - et de la P.A.O. - publication assistée par ordinateur - entre autres membres d'une famille qui va s'agrandissant, les anglo-saxons ont inventé le Computer-Assisted Reporting[1], littéralement Journalisme Assisté par Ordinateur. A en croire ses adeptes le J.A.O. est appelé à se généraliser jusqu'à rendre l'appellation elle-même désuète, comme le serait aujourd'hui le concept d'un Journalisme Assisté par Téléphone. A défaut d'une définition universellement admise, cet extrait d'un ouvrage qui fait office de bible pour ses pratiquants en résume la philosophie: le journalisme assisté par ordinateur implique l'utilisation de l'ordinateur non seulement comme outil de rédaction, mais aussi pour mener des enquêtes en profondeur à travers les bases de données en ligne, récolter de vastes ensembles de données auprès des organismes officiels, analyser ces données et utiliser cette analyse pour développer les articles avec davantage de recul et de précision du contexte que jamais auparavant.[2] Une conception qui correspond aux origines historiques de la discipline, mais limite le phénomène à un type bien précis de journalisme d'investigation. Le développement spectaculaire des réseaux de communication électroniques - et singulièrement de l'incontournable Internet - incite à l'élargir pour rendre compte plus largement des multiples implications de la confrontation du journalisme à la société de l'information. Au-delà de l'analyse statistique des bases de données officielles, ce sont toutes les informations disponibles "on line" et toutes les manières d'organiser leur circulation qui sont à prendre en considération. Parallèlement au perfectionnement des techniques de J.A.O. au sens strict, c'est à la naissance d'un véritable journalisme digital qu'on assiste aujourd'hui.

1.1. Historique

L'analyse par ordinateur de données sociologiques relatives aux habitants d'un quartier de Detroit secoué par une vague d'émeutes en août 1967 fait office d'événement fondateur[3]. Pour la première fois, un journaliste armé d'un ordinateur applique à une base de données publique des techniques statistiques sophistiquées pour éclairer ses lecteurs sur le contexte d'une information. Rapidement imitée, la démarche sera poussée un pas plus loin, et l'informatique utilisée pour créer l'événement: dénonciation de l'efficacité variable des services de police dans différents quartiers de New York (New York Times, 1972), mise en évidence d'inégalités dans les traitements fiscaux (Miami Herald, 1975) 4, découverte d'électeurs factices lors de primaires présidentielles dans l'Illinois[5], mise à jour de l'origine des contributions électorales (The Charlotte Observer, 1986). En 1989, le Prix Pulitzer de l'investigation récompense une série d'articles[6] démontrant des pratiques ségrégationnistes dans l'attribution des prêts hypothécaires aux noirs américains. Depuis lors, six autres Pulitzer ont été attribués à des adeptes du J.A.O.[7], le dernier en date pour une enquête dans l'univers corrompu et nauséabond des déjections porcines en Caroline du Nord[8], preuve que ces techniques d'apparence futuristes peuvent aussi s'appliquer à des enjeux très terre à terre[9].

1.2. Un phénomène nord-américain

Sur les deux mille cinq cent membres de CARR-L, le principal forum de discussion électronique consacré au J.A.O., on dénombre 1761 titulaires d'une adresse électronique située aux Etats-Unis pour 184 résidant à l'intérieur des frontières de l'Union européenne[10]. Sans même ajouter à ces chiffres les 107 abonnés canadiens, on constate que le phénomène est essentiellement nord-américain. Outre l'attentisme traditionnel du vieux continent vis à vis des nouvelles technologies (à défaut de statistiques comparées sur l'équipement des rédactions, on sait que 15% des foyers français possèdent un micro-ordinateur contre 35% des familles américaines[11]), cette mutation à deux vitesses s'explique autant par une différence de culture journalistique - les Américains ayant tendance à privilégier les faits[12], alors que les Européens s'investissent davantage dans le commentaire[13] - que par l'absence en Europe d'une disposition législative équivalente au Freedom of Information Act: de nombreuses données disponibles dans le domaine public outre-Atlantique sont inaccessibles à l'enquêteur européen.[14]

Aux Etats-Unis, l'évolution du nombre de rédactions utilisant les services en ligne témoigne d'un engouement croissant. En 1994, 57% des quotidiens étaient connectés à un réseau électronique d'échange de données. Ils étaient 64% un an plus tard. Parmi les absents du cyberspace, seuls 8% estiment qu'il ne s'agit pas d'une priorité, les autres faisant état de problèmes techniques ou de considérations budgétaires pour expliquer leur retard[15]. Une autre étude[16] aboutit à des conclusions plus nettes encore: deux tiers des journalistes américains auraient déjà régulièrement recours à Internet ou aux services commerciaux en ligne, et trois quarts des éditeurs de journaux et magazines auraient mis en chantier une version électronique de leur publication.

1.3. De nouveaux outils

1.3.1. Le courrier électronique

1995 est une année charnière dans l'histoire de la communication. Pour la première fois cette année-là le nombre de messages électroniques échangés aux Etats-Unis a dépassé le nombre d'envois véhiculés par la poste traditionnelle[17]. De nombreuses organisations ont opté pour ce mode de distribution de l'information, plus rapide que le courrier traditionnel et plus commode que la télécopie. Certains documents ne sont déjà plus disponibles que sous cette forme. Les journalistes américains ne semblent pas en majorité des nostalgiques de l'encre noire: un sur deux ne voit aucune objection à la disparition des communiqués de presse traditionnels et à leur remplacement par des envois électroniques.

L'usage du courrier électronique s'étend aussi aux interviews, la précision du propos compensant aux yeux des convertis[18] le manque de spontanéité des réponses. L'informatique aide aussi parfois à susciter et à organiser l'entrevue: ainsi le réseau ProfNet met-il en contact, via e-mail, des journalistes et des experts du monde académique, par l'intermédiaire des services de relations publiques des universités[19].

1.3.2. Les sources classiques disponibles en ligne

Les agences de presse traditionnelles, uniquement présentes à l'origine sur des circuits électroniques fermés, ont essaimé récemment sur les réseaux grand public. Les dépêches d'Associated Press, d'UPI et de Reuter, parmi d'autres, sont désormais disponibles sur Internet, gratuitement - quoique souvent sous une forme appauvrie ou différée. Elles sont aussi accessibles dans leur intégralité et en temps réel aux millions d'abonnés des grands services en ligne, pour une somme modique, sans commune mesure avec le coût des abonnements professionnels. Cette démocratisation place le lecteur de quotidien sur pied d'égalité avec le journaliste, brusquement privé du monopole de l'accès à la source première. Elle permet aussi à de nouvelles voix de se faire entendre à peu de frais: agences "alternatives" représentant les préoccupations de petites communautés, ou de nations, voire de continents entiers, traditionnellement tenus à l'écart des grands circuits de communication[20].

Pendant ce temps, les réseaux commerciaux spécialisés mettent entre les mains des utilisateurs professionnels une masse de données chaque jour plus impressionnante[21]. Le service Nexis regroupe les archives de 2300 journaux et magazines, soit 4 millions de pages consultables en une poignée de secondes. A une échelle plus réduite, le projet belge Central Station est parti de l'idée d'offrir chaque matin une sélection sur mesure d'articles puisés dans l'ensemble de la presse belge. Le coût de ces services reste prohibitif pour l'usager non professionnel. Une démocratisation est-elle inscrite dans les astres ? Le calcul économique est instructif: indépendamment des questions de volume, il amène à quantifier la soif de savoir en détails du grand public en regard du prix accordé au travail de synthèse, d'ordonnancement et d'explicitation. Autrement dit, il pose indirectement une question sur laquelle on reviendra: que "vaut" un journaliste dans une société ou le prix de l'information tendrait vers zéro ?

1.3.3. Le World Wibe Web[22], source d'information et média à part entière

En structurant l'information en "pages", et en reliant ces pages entre elles par des "liens", le World Wide Web[23] a transformé Internet, le réseau des réseaux, en un média à part entière. Un gigantesque magazine de 60 millions de pages qui se feuillette aussi aisément qu'un catalogue de vente par correspondance - voire plus aisément, puisqu'il suffit de "cliquer" pour tourner la page, geste proche de la dépense énergétique minimale. Une métaphore du monde, qui grandit avec lui et reproduit le mélange d'ordre et de chaos caractéristique du vivant. Parmi les îlots d'organisation utiles à ceux qui font commerce d'informer[24]:

¨ les FAQ: "Frequently Asked Questions'". De l'impact des lignes à haute tension sur le développement des cancers aux principes de la sophrologie, plusieurs milliers (?)[25] de documents reprenant les réponses aux questions les plus fréquemment posées dans de multiples domaines de l'activité humaine.

¨ les catalogues de ressources, "généralistes", comme le célèbre Yahoo[26], ou spécialisés. Parmi les plus utiles, les listes ordonnées de médias présents sur le "Web". Newslink[27], vraisemblablement la plus étendue, en reprend plus de trois mille.

¨ les moteurs de recherche: Altavista, Lycos, Excite[28]... ces programmes explorent en permanence le WWW et tiennent a jour un index consultable. On trouve aussi des "Meta"-moteurs[29], qui consultent l'ensemble des index en une seule opération, et des "agents spéciaux"[30] qui parcourent le réseau pour le compte de leur "maître" en tenant compte de ses centres d'intérêt.

1.3.4. Nouvelles sources interactives

Le BBS, "bulletin board system", est l'ancêtre d'Internet à l'échelon local, un réseau jouant le rôle d'une agora électronique pour les membres d'une communauté. Jon Katz, un des gurus les plus en vue du cyberspace, considère le BBS comme le médium le plus pur depuis les signaux de fumée31 C'est l'observation attentive de certaines conversations sur un BBS d'Oklahoma City qui permit à un journaliste d'une télévision locale de comprendre le premier dans quelle direction il fallait chercher les auteurs de l'attentat d'avril 95[32]. D'autres BBS américains ont été le lieu de débats politiques intenses - du reste souvent plus proches du règlement de compte que de l'échange d'idées - cités en exemple par ceux qui y voient le prototype du nouveau média participatif, libéré de la tutelle pyramidale des médias classiques[33].

La communication à l'intérieur d'un BBS est généralement structurée en forums thématiques. Le même principe se retrouve à l'échelle du monde, à travers Usenet et ses 10 000 ? 20 000 ? 40 000 ?[34] "newsgroups" auxquels ont accès les 10 ? 30 ? 50 ? millions d'utilisateurs d'Internet - fort imparfaitement - recensés[35] sur la planète. De rec.food.chocolate à talk.politics.tibet, une masse d'information touchant les sujets les plus divers circule chaque jour, alimentée par tout qui veut. La consultation de cette masse est facilitée par des services de filtrage capables de repérer les messages reprenant certains mots-clés[36]. D'autres services permettent de consulter les archives de ces échanges[37]. Comme les BBS, Usenet a surtout acquis droit de cité, et mauvaise presse, à cause des communications à caractère pornographique ou subversif qui s'y déroulent, mais son utilité comme outil journalistique a été démontrée dans un cas au moins[38]: la célèbre affaire du microprocesseur fautif mis sur le marché par la firme Intel[39].

Si les débats d'Usenet se déroulent au grand jour, les listes de discussion[40] offrent un cadre de discussion plus intime, souvent policé par la présence d'un modérateur. La circulation des messages est limitée aux membres de la liste. Plusieurs sont spécifiquement consacrées aux contacts entre journalistes[41].

Ces listes contribuent à la naissance d'une communauté journalistique mondiale[42], certes virtuelle, mais dont on pressent qu'elle est susceptible d'acquérir dans le futur un poids bien réel. Le projet Hillman[43], un échange de "tuyaux" entre spécialistes de l'investigation du monde entier, en est une première préfiguration.

1.4. Une technologie à double tranchant

1.4.1. De l'information enrichie par l'informatique...

La masse de données à portée de clavier du journaliste renforce son pouvoir face à ses interlocuteurs - et lui permet de répondre à certaines critiques. La récolte de l'info se résume en général au recueil par les membres d'une bureaucratie d'éléments préfabriqués par les membres d'une autre bureaucratie. Ce que le mariage du reportage et de la technologie permet, c'est l'accès pour le reporter à une information au moins égale, et parfois supérieure, à celle dont dispose sa source.44 Cette optique, résolument optimiste[45], prédit l'arrivée imminente d'un journalisme plus adulte, et la fin du reportage bâti sur un communiqué de presse et deux points de vue. Elle insiste aussi sur un des effets de l'abolition des distances dans le cyberspace: le journaliste n'est plus protégé de l'erreur par la distance. La précision s'impose désormais même lorsque l'événement se déroule à des milliers de kilomètres[46] .

1.4.2... à la désinformation assistée par ordinateur

Précision et véracité ne sont pas nécessairement synonymes: l'image infaillible de la machine entretient une dangereuse confusion. On l'a vu, c'est grâce au réseau qu'un journaliste américain orienta l'enquête sur l'attentat d'Oklahoma City vers les milices d'extrême-droite. Mais le lendemain une partie de la presse tomba dans le piège tendu par un faux Timothy Mc Veigh qui avait installé ses quartiers électroniques sur Internet[47]. L'anonymat, la distance, l'immatérialité du réseau affaiblissent la crédibilité des informations qui s'y trouvent. L'ordinateur reproduit les faux scoops avec autant de diligence que les vrais: répercutée de bases de données en base de données, une citation erronée d'un homme politique américain le hante depuis une décennie[48]. Le vernis mathématique des investigations électroniques est faussement rassurant. Les chiffres qui mentent ne font pas de grimace: il arrive que des journalistes imprudents leur fassent avouer n'importe quoi[49]. Imprudents... ou malhonnêtes: montages photographiques indécelables[50] , viol électronique de la vie privée[51],... les exemples d'utilisations douteuses des nouvelles technologies ont déjà défrayé la chronique.

2. Le journalisme à l'épreuve de la révolution digitale

La presse digitale n'est plus un phénomène confidentiel. Près de deux cents quotidiens dans le monde ont développé une version électronique. Leur nombre a triplé en un an[52] et leur audience est significative: le site du NewsAndObserver[53] est consulté six millions de fois par semaine. A l'autre bout de l'échelle, RadioBelche[54], condensé électronique hebdomadaire de l'actualité de Belgique, recense plus d'un millier de lecteurs, résultat non négligeable pour un média conçu, réalisé et diffusé par un auteur unique pendant ses heures de loisirs[55].

2.1. Un nouveau modèle économique

La révolution des nouveaux médias repose sur un bouleversement économique.

¨ L'investissement initial est dérisoire par rapport aux médias classiques: quelques dizaines de milliers de francs suffisent pour créer une publication électronique[56];

¨ Les coûts d'impression et de distribution, qui représentent traditionnellement les deux tiers du budget de production d'un quotidien ou d'un magazine, sont négligeables, et indépendants du nombre de lecteurs;

¨ L'audience potentielle est identique, planétaire, pour tous.

La combinaison de ces caractéristiques favorise l'émergence d'un marché dans lequel le coût de l'information tend vers zéro. Une logique vérifiée dans les faits. Les premiers médias électroniques sont gratuits et orientent leur recherche de rentabilité vers la publicité, le parrainage, et le développement d'outils de micro-paiement susceptibles à terme de conduire à une équation de profit raffinée: une facturation infime appliquée à un public "infini"[57].

2.2. De nouveaux acteurs

La démocratisation introduite par le réseau a son revers: Internet efface la fragile frontière entre information et communication. La technologie impose un formatage unique. Les bits produits par le journaliste ont la même apparence que ceux du propagandiste. Tout site est un média potentiel.

Le secteur de la publicité l'a rapidement compris. Les annonceurs ont déjà une influence importante sur le contenu des médias , explique un porte-parole d'Unilever, numéro un mondial de la réclame. Regardez le Sun. 80% des articles trouvent leur origine dans la démarche d'un annonceur. Les journalistes changent une phrase ou deux, mais nous sommes la source. Internet nous permet de faire cela plus efficacement en supprimant l'intermédiaire.[58]

Les médias classiques sont en passe de perdre leurs monopoles historiques. A commencer par les plus rentables: la consultation et la mise à jour des petites annonces et des offres d'emploi conviennent intrinsèquement mieux à un support électronique. Certaines questions pourraient paraître progressivement de moins en moins incongrues. Pourquoi consulter les résultats sportifs dans La Dernière Heure plutôt que dans le prévisible supplément belge de Planetreebok[59], magazine en ligne du fabricant de chaussures ? Pourquoi se contenter des résumés des décisions du conseil des ministres lorsque la version intégrale est disponible sur le site du Service Fédéral d'Information[60] ? Pourquoi subir le parrainage de la météo télévisée alors qu'Intellicast[61] offre gratuitement et en permanence cartes et prévisions pour le monde entier ? Pourquoi attendre patiemment le jour de parution du MAD quand critiques et programmes de cinéma sont accessibles à tout moment grâce à Netomium[62] ? A moins d'imaginer un brusque, et improbable, renforcement de la perception par le public du caractère crucial de la distinction entre information et communication, la réponse à ces questions pourrait s'avérer douloureuse.

2.3. Un langage à réinventer

La bible de Gutenberg ressemble à s'y méprendre à l'oeuvre d'un bon scribe (...) Il a fallu plusieurs générations avant que les imprimeurs ne comprennent que la nouvelle technologie leur permettait d'espacer différemment l'écriture, et qu'une page pouvait être plus lisible avec moins de lettres, moins d'abréviations et moins d'encre.[63]

Les entrepreneurs du cyberspace sont confrontés au même défi. Il s'agit de dépasser le "shovelware", c'est-à-dire l'art de comprimer un vieux média sur un nouveau support[64]. Ce qui implique l'examen attentif des caractéristiques du nouveau support.

2.3.1. Un nouveau matériau: le bit

Dans un univers digital, le mot n'est plus la molécule d'information privilégiée: le bit devient l'unité de base du récit. Réduits à ce plus petit commun dénominateur, textes, sons et images se mélangent pour former un média mixte par essence. Nous avons fusionné le desk d'un grand quotidien, une rédaction télévisée et une salle informatique, explique le rédacteur en chef d'Online Ventures, projet multimédia de Rupert Murdoch[65]. Sur le réseau, la frontière entre presse écrite et presse audiovisuelle s'évanouit. CNN et le Washington Post se retrouvent en concurrence directe, l'orthographe redevient une donnée pertinente du reportage télévisé, et le son une préoccupation nécessaire de l'éditeur du Post[66]. Le résultat du croisement dépasse la simple addition des univers. Des mélanges de bits inédits génèrent de nouveaux concepts: ainsi la couverture musicale de Click[67] ou les reportages animés de Word[68], deux magazines pionniers de ces expérimentations.

Comment désigner un ensemble de bits formant un tout cohérent ? Hérité de l'écrit et souvent utilisé, le mot page ("Web page", "home page",...) est trompeur. Il appauvrit l'objet multimédia, ramené à ses deux dimensions les plus conventionnelles. Un auteur influent, Bill Gates, préfère parler de document. Tout ensemble d'informations constitue un document: un article de journal, une émission de télévision, une chanson ou un jeu vidéo interactif. Grâce à l'enregistrement numérique, les documents seront faciles à trouver, à mémoriser et à charger sur les autoroutes de l'information.69

Ce mélange des genres se retrouve à l'étage organisationnel. Entreprises de technologie et de communication se rapprochent pour enfanter les nouveaux médias. L'association du géant du logiciel Microsoft et du réseau de télévision NBC en est un bel exemple. MSNBC[70] diffuse sur Internet un programme d'information complémentaire à la grille télévisée de NBC.

2.3.2. Un nouvel objet: multiforme et impalpable

Les médias électroniques n'ont pas de taille apparente. Aucun signe a priori ne permet de déterminer si un site abrite un ou cent mille documents[71]. Chaque édition d'un journal électronique peut contenir l'intégralité des numéros précédents. Le principe d'éditions identifiables perd sa raison d'être. Puisque le papier électronique ne coûte rien, l'éditeur est libéré du souci d'équilibrer l'espace consacré aux articles et le volume réservé à la publicité[72]: la contrainte de taille imposée au journaliste n'est plus économique, elle redevient strictement éditoriale.

Un même produit d'information peut aussi s'incarner sous des formes différentes. C'est le Daily Me, le quotidien personnalisé. En indiquant ses centres d'intérêt, ses rubriques favorites, ses goûts en matière de mise en page, le lecteur construit le moule de "son" journal. Une technique déjà opérationnelle [73] et dont les inévitables raffinements laissent rêveurs. Le journal qui ne reprend que les bonnes nouvelles aura-t-il plus de succès que celui qui recense systématiquement les drames ?

2.3.3. Une nouvelle structure: l'hypertexte

L'idée de structurer une masse d'information en créant des pointeurs mécaniques entre les différentes données remonte à l'immédiate après-guerre[74], mais le terme "hypertexte" est plus récent. Il a été inventé dans les années 70[75] pour décrire des documents électroniques reliés entre eux par des mots-clés. En sélectionnant un mot, le lecteur accède à un autre document. Le concept trouve son aboutissement dans le projet du World Wide Web, vaste toile d'araignée destinée à relier toute l'information du monde.

Il faut repenser le journalisme comme une mise en strates de l'information. La profondeur des nouveaux produits d'information sera fournie non seulement par l'explication, point fort traditionnel du journalisme, mais par la création de liens avec d'autres documents pertinents. La recherche de ces documents et la création de liens dans le corps du récit sera une partie du travail du reporter - ou peut-être la responsabilité d'une nouvelle catégorie de personnel dans la rédaction.76

Ce journalisme annotatif a de multiples conséquences. Il encourage la recherche de schémas narratifs non linéaires[77], moins coercitifs et plus conformes au fonctionnement intuitif du cerveau. Il permet au récit de se concentrer sur la nouvelle, au sens fort du terme, puisque l'hypertexte se charge du rappel des antécédents et du contexte[78] . Vous devez oublier la règle qui dit que votre lecteur ne sait rien, partir du postulat qu'il sait tout, et en cas de doute, fournir un lien vers une explication. Si une idée exige plus d'un paragraphe d'explication, mettez la de côté, et créez un lien ultérieurement .79

Le lecteur électronique ne feuillette plus: il creuse à partir de la table des matières. Titre, résumé et détails résident à des "profondeurs" différentes[80]. La contrainte séquentielle ayant disparu, la lecture impose une exploration active. Comment capter l'attention du lecteur dans cet océan d'information en concurrence parfaite ? La réflexion sur la valeur ajoutée est vitale. Elle pousse les publications électroniques à la spécialisation et à la concision. On voit apparaître des médias qui ne contiennent qu'un seul article[81]. A l'extrême, le média n'est plus qu'une collection de liens[82]. Cette brièveté fait office d'antidote à la surcharge d'information du "Net".

2.3.4. Un nouveau rapport au temps: une presse apériodique

Les médias électroniques sont susceptibles d'être mis à jour en permanence et instantanément. L'idée d'une parution périodique devient anachronique. Slate[83], l'hebdomadaire en ligne conçu par l'éditorialiste américain Michael Kinsley sur le modèle du New Republic, ressemble furieusement à son ancêtre en papier, si ce n'est que chaque article contient une date d'apparition et de "péremption". Lorsque nous et nos lecteurs nous serons habitués à cette nouvelle forme de journalisme, nous pourrons abandonner complètement la convention de rythme hebdomadaire, et avoir simplement un buffet d'ingrédients auquel nous ajouterons et retirerons des plats sans échéance fixe, avec comme seul règle de garder l'ensemble du repas aussi savoureux que possible.[84]

2.3.5. Un nouveau rapport au lecteur: l'interactivité

Ce que la démocratie exige c'est le débat public, pas l'information. Bien sûr, il faut aussi de l'information, mais un type d'information qui ne peut être généré que par un intense débat populaire. [85] L'interactivité des nouveaux médias peut-elle rendre au journalisme une crédibilité et une efficacité contestées ?

En janvier 94, le premier à diffuser la nouvelle du tremblement de terre de Los Angeles ne fut ni CNN ni l'Associated Press, mais un modeste abonné du réseau Prodigy. En quelques minutes, Prodigy et d'autres BBS avaient mis sur pied des conférences électroniques pour relayer la nouvelle, tenir au courant les familles, et même organiser certains secours. Aucune structure d'information n'a jamais été capable de faire quelque chose qui ressemble à cela.86

La presse a toujours été interactive. Le courrier des lecteurs n'est pas une invention récente. Mais la souplesse de la communication électronique donne une autre dimension aux échanges entre le producteur et le consommateur d'information. Dans le cyberspace, pas de contrainte de volume: The Motley Fool[87] publie 80 000 messages de lecteurs par an. Les délais de transmission sont infimes et l'échange s'apparente à une véritable conversation. Construit sur la métaphore d'un hôtel de ville électronique, le magazine Feed tente de structurer cette interactivité. Un panel d'experts débat des sujets du jour et répond aux lecteurs au fur et à mesure de leurs interventions (...) chaque article du site est relié à un BBS où les lecteurs peuvent poursuivre la discussion entre eux, ce qui génère une conversation sans fin dont la taille croît avec chaque nouveau message .88 Pour le journaliste, la multiplication des points de vue est théoriquement synonyme d'information plus objective[89]. Le réseau rend accessible des vérités différentes, une révolution similaire à celle qui s'est produite lorsque les premières presses d'imprimerie mirent le savoir à portée de tous au lieu qu'il soit maintenu dans les poings serrés du clergé et des classes dominantes.90

Mais, peut-être précisément parce qu'il s'agit d'une évolution fondamentale qui exige une conversion, forcément lente, des mentalités, cette interactivité souvent mise en avant recèle aussi à l'autopsie une part mythique. Dans le courrier des lecteurs de Feed, on trouve de fréquentes interventions... des auteurs de Word et Wired, deux magazines concurrents[91].Entre mars et juillet le cyberforum de discussion sur l'Algérie du Monde Diplomatique n'a pas attiré plus d'une dizaine de cybernautes[92]. Et en Belgique, le Studio Blabla[93] de l'éditeur flamand Concentra est resté silencieux tout l'été.

2.3.6. L'apparition d'un nouveau cadre culturel

Inventez de nouveaux mots. Ne craignez pas les phrases en langue étrangère. Utilisez l'argot. Cultivez l'oecuménique[94]... Quelques-uns des dix commandements affichés dans la rédaction de Wired, le grand-père, en pâte à papier, de la presse électronique. La technologie est aussi porteuse d'une culture nouvelle, qu'il serait hasardeux de chercher à décrire en quelques lignes, mais qu'un adjectif intraduisible, omniprésent sur Internet, résume parfaitement. Cool ! Efficace, bref, universel. Cool, comme sans doute l'apparition de critiques de jeux vidéo dans Le Monde, signe que, par de là l'inévitable effet de mode, l'ordinateur propose aussi une révolution culturelle durable. Et qu'un langage original s'ébauche derrière l'esthétique parfois convenue des pionniers.[95]

3. Conclusion: vers un Journalisme Asservi par l'Ordinateur ?

Le journalisme est-il soluble dans la révolution digitale ? Certains chiffres invitent à la circonspection. Les achats de revues et livres consacrés à Internet représentent un chiffre d'affaire largement supérieur à l'ensemble du commerce électronique[96]. Après trois ans d'efforts, le San Jose Mercury News, un précurseur de la presse du réseau, n'a converti que 2% de ses abonnés aux charmes payants de son édition électronique[97]. ESPN Sportszone est un des rares sites à compter plus de 20 000 abonnés payants, seuil dérisoire dans un contexte d'édition traditionnelle[98] .

Les exemples récents de révolutions technologiques surestimées ne manquent pas - qu'on songe à la vidéo à la demande - mais les difficultés rencontrées par les entrepreneurs qui cherchent à monnayer l'information sur le réseau ne sont pas nécessairement incompatibles avec l'enthousiasme des prophètes d'Internet. L'un des plus courus, Nicholas Negroponte, souligne que les consommateurs préfèrent payer pour des "atomes" qu'ils peuvent tenir en main que pour des "bits" insaisissables.[99] Cette réticence psychologique s'accompagne du constat économique déjà évoqué: les caractéristiques de ce marché pas comme les autres poussent naturellement le coût de l'information électronique vers zéro. Un spécialiste belge du marketing électronique, Michel Bauwens, en fait même la première loi de la cyberéconomie. Il y ajoute une justification socio-politique empruntée au chercheur japonais Shumpei Kumon. Chaque civilisation a sa façon de distribuer le pouvoir: la force militaire à l'âge agraire, la puissance de l'argent à l'âge industriel. Comment obtenir de l'influence dans une société de l'information ? Essentiellement en distribuant gratuitement l'information. [100]

Et comment un producteur d'informations justifie-t-il ses émoluments lorsque l'information est gratuite ? Prenant ces prédictions au pied de la lettre, certains envisagent déjà des scénarios de reconversion pour les journalistes.

¨ Un spécialiste du tri ? Au dix-neuvième siècle, le journalisme répondait au problème de la rareté de l'information. A la fin du vingtième, le problème est la surabondance de données.[101] Sa nouvelle spécificité de médiateur serait de décider ce qui est significatif et pertinent, de mettre à l'écart les bits indésirables. Une fonction de filtre, dans laquelle il risque toutefois d'être rapidement confronté à la concurrence des "agents" et autres logiciels spécialisés dans la collecte intelligente d'informations sur le réseau.

¨ Un fournisseur de contenu ? Le changement de terminologie est significatif. On cherchera vainement le reporter dans la liste des vingt métiers du futur recensés l'an dernier par un hebdomadaire américain[102]. En revanche, à la rubrique Media, le "développeur de contenu en ligne" figure en bonne place. A quoi ressemble-t-il ? Lorsque le Washington Post a engagé vingt collaborateurs pour son édition électronique l'an dernier, aucun n'avait un diplôme de journalisme[103] . La responsable de l'embauche chez Associated Press précise que dans cette nouvelle ère "technitoriale", les profils des bonnes recrues sont multiples depuis la formation presse écrite traditionnelle jusqu'à des gens de télévision, des techniciens, des photographes, des designers, voire des spécialistes venus du marketing[104] Certaines universités américaines n'ont pas tardé à s'adapter: la programmation en langage HTML est désormais un cours obligatoire pour tous les étudiants de la Columbia University Graduate School of Journalism.[105]

Historiquement, aucun média naissant n'a jamais remplacé un média existant. La presse écrite a survécu à la radio, et la radio à la télévision. Le rédacteur en chef du Los Angeles Times en est persuadé: Les journaux survivront parce qu'ils maîtrisent la transformation clé de l'information en un savoir compréhensible[106] Mais le journalisme de presse écrite s'est radicalement modifié sous l'influence de la télévision. L'avènement du journalisme digital sera lui aussi lourd de conséquences.

Yves Thiran est journaliste à la RTBF, maître de conférences invité à l'UCL et chargé de cours à l'ICHEC.

1 En abrégé CAR, ou parfois CARR pour Computer-Assisted Reporting and Research

2 Houston B., Computer-Assisted Reporting: A Practical Guide , St. Martin's Press, 1996, p.3. Brant Houston est aussi le directeur du NICAR, le National Institute for Computer-Assisted Reporting basé à l'Université du Missouri-Columbia.

3 Philip E. Meyer, The People Beyond 12th Street

4 Koch Tom, The reporter in the information age: fourth estate or first bureaucracy ? in Cahier 11, Faculteit Communicatie en Journalistiek van de Hogeschool van Utrecht, 1995, http://www.hvu.nl/%7Epverweij/co.html

5 Landau George, "Quantum leaps: computer journalism takes off", Columbia Journalism Review, 31/1, May-June 1992, p. 61

6 "The Color of Money: Home Mortgage Lending Practices Discriminate Against Blacks" The Atlanta Journal, May 1-3,29, 1988

7 Le modèle est le News & Observer, quotidien de Raleigh, ville de Caroline du Nord. La gestion des bases de données et des logiciels utilisés par les journalistes-enquêteurs du journal (y compris un programme spécialement conçu pour permettre au journaliste de s'y retrouver dans ses propres notes informatisées) fournit de l'emploi à 38 personnes. Le personnel qui s'équipe en matériel informatique a droit à un prêt sans intérêt: la somme avancée atteint... 500 000 dollars. Moeller Philip, "The digitized newsrooom", American Journalism Review, 17/1, 1995, p. 42

8 Stith Pat, Warrick Joby, Sill Melanie, "Boss Hog: North Carolina's pork revolution", The News and Observer, février 1995, http://www.pulitzer.org/winners/1996/winners/works/public-service/

9 Les applications les plus brillantes du J.A.O. en cotoyent d'autres, a priori plus anecotiques. Le N&O se flatte par exemple d'avoir repéré électroniquement le policier américain ayant délivré le plus de contraventions pour excès de vitesse (Leonard Teresa, "Databases in the newsroom", Online, 16/3, 1992, p. 62). Un manuel édité par l'association américaine des réalisateurs d'information (Radio and Television News Directors Foundation, Wired Journalist: Newsroom guide to the Internet, Washington, 1996, p. 74) fait grand cas de la découverte d'une commande de préservatifs parfumés par un organisme d'Etat, révélation à l'origine d'un mini-scandale. Ces exemples suggèrent peut-être une limite à la portée de la démarche.

10 Données fournies par le gestionnaire de la liste, Elliott Parker de la Central Michigan University. Autre statistique éloquente: une recherche de l'association des termes "journalism" et "computer" sur l'ensemble des pages du réseau Internet fournit 2000 citations. L'association "journalisme" et "ordinateur" n'en donne que 4.

11 ... mais 28% des foyers allemands. "Les français entrent avec retard dans le multimédia", Le Monde, 30/09/95

12 On connait peu de journaux européens prêts à marcher sur les traces du Los Angeles Times et à consacrer trente mille dollars à l'encodage de 45 000 fiches pour étayer un article sur les armes à feu. (Leonard Teresa, op. cit.)

13 On pourrait même parler d'une tradition de pudeur par rapport aux/à certains faits. Ainsi, "l'attitude des journalistes hollandais reste foncièrement différente de leurs collègues américains. Il y a encore tant de choses que nous ne voulons pas savoir." Dick van Eijk, Computer Assisted Reporting in the Dutch Newsroom, Cahier 11, op.cit.

14 Koch Tom, op. cit.

15 Le budget mensuel moyen consacré à ces services est pourtant modeste: 1400$. Garrison Bruce, "Newsrooms flock to the 'Net", Uplink, Mars 1996, http://www.nicar.org/uplink/mar96/gar.html

16 Etude réalisée par une société de relations publiques actives dans le secteur, à prendre donc avec quelques réserves. Media In Cyberspace Study II, Media Source, 1996, http://www.mediasource.com/study/

17 Dès 1997, les annuaires téléphoniques américains reprendront les adresses électroniques des abonnés. Fulton Katherine, "http://www.journalism.now", Columbia Journalism Review , Mars 1996, http://www.cjr.org/kfulton/journow7.html

18 Berger Guy, The Internet: a goldmine for editors and journalists, intervention au World Editors Forum, Washington, Mai 1996

19 http://www.vyne.com/profnet/. La liste des spécialités de ces experts est digne d'une inventaire à la Prévert, de "Amnesia in popular culture" jusqu'à "Zoloft and its side effects". Askanexpert (http://www.askanexpert.com/p/ask.html) est un service concurrent aux Etats-Unis, et ExpertNet l'équivalent en Grande-Bretagne.

20 Par exemple l'agence PanAfricaine, http://www.nando.net/ans/pana/FEED/PANAFEED.html

21 Au point que la problématique a glissé de l'organisation des données en base de données à la création d'une bases de données des bases de données (voir le projet canadien RICARC du Ryerson Institute for Computer-Assisted Reporting, http://www.rcc.ryerson.ca/), en attendant sans doute la base de données des bases de données des bases de données...

22 Pour une introduction claire au jargon du réseau, voir Kroll Ed, Le Monde Internet, O'Reilly & Associates ou Lips Benoit, Internet en Belgique, BestOf Editions, Bruxelles, 1995

23 Gopher, Archie, Veronica et les autres outils d'exploration d'Internet appartiennent déjà à la préhistoire du réseau. D'après le Georgia Institute of Technology College of Computing, le trafic sur le World Wide Web avait dépassé en 1995 les transferts de données par Gopher et était sur le point de surpasser les échanges Ftp pour devenir le véhicule d'information dominant sur Internet (http://www.cc.gatech.edu/gvu/stats/NSF/merit.html).

24 Outre les innombrables "sites de lancement" qui répertorient un échantillon de ressources utiles aux journalistes. Ex: The Internet Newsroom, http://www.dgsys.com/%7Eeditors/resource.html, consulté d'après son propriétaire par plus de 120 rédactions.

25 Usenet étant dépourvu d'une autorité centralisatrice, le nombre exact est difficile à évaluer. On trouve une liste alphabétique de plusieurs centaines de FAQ à l'adresse http://www.cis.ohio-state.edu/hypertext/faq/usenet/ et une liste par catégories à http://ps.superb.net/FAQ/

26 http://www.yahoo.com/

27 http://www.newslink.org/menu.htm.

Voir aussi http://www.mediainfo.com/edpub/e-apers.home.page.html ou http://www.ecola.com/news/

28 http://www.altavista.digital.com/, http://www.lycos.com/, http://www.excite.com/

29 http://metacrawler.cs.washington.edu:8080/

30 Web Compass, Surfbot, Agents, Infopage, Smart Bookmarks...

voir http://www.vir.com/~sher/search.htmpeople

31 Fulton Katherine, "Future tense: the anxious Journey of a technophobe", Columbia Journalism Review, 32/4, 1993, p. 29

32 Radio and Television News Directors Foundation, op.cit., p. 66

33 Upshaw Jim; Greim Lisa; Levy Steven; Hearst Andrew; Downs Jere, "The virtual water cooler: where journalists hang out on-line", Columbia Journalism Review, 34/1, 1995, p. 61

34 Pour une liste de newsgroups, forcément incomplète puisqu'il s'en crée tous les jours, voir http://www.ukings.ns.ca/Docs/NEXUS/nexusspr95e.html ou gopher://csl.presby.edu:70:11

35 http://www.yahoo.com/Computers_and_Internet/Internet/Statistics_and_DemographicsSurveys/ regroupe un ensemble d'estimations contradictoires.

36 Par exemple SIFT, le "NetNews Filtering Service" de l'Université de Stanford, http://sift.stanford.edu/. Cité par Berger Guy, op. cit., à qui j'emprunte quelques autres adresses de ce paragraphe.

37 http://www.dejanews.com est le plus connu.

38 En revanche la lecture de soc.sulture.belgium et de la série des groupes *.be, dédiés à l'actualité belge, révèle plus de ragots que de scoops.

39 Sur base d'une remarque d'un mathématicien dans un groupe de discussion, un journaliste du Wall Street Journal porta sur la place publique un problème que le géant de l'informatique avait décidé de passer sous silence. The Pentium Papers, http://www.mathworks.com/readme.html

40 http://www.liszt.com/ contient une liste des listes.

41 CARR-L déjà cité (listserv@ulkyvm.louisville.edu), SPJ-L, gérée par la Society of Professional Journalists (listserv@bitnic.educom.edu), Journet (consacrée à l'enseignement du journalisme), IRE-L (Investigative Reporters and Editors), NPPA-L (National Press Photographers Association), entre autres.

42 On en trouve aussi l'embryon dans le JFORUM de Compuserve, riche de quarante mille membres à travers le monde.

43 http://www.reporter.org/hillman/project.html

44 Michael Schudson, dans Koch Tom, op. cit.

45 Alors que la multiplication des bases de données devrait logiquement se traduire par une multiplication des sources utilisées par les journalistes, une étude fait le constat inverse: les mêmes voix se font entendre, la toile de l'information ne s'étend pas. Feola Christopher J., Leslie Jacques, "The Nexis nightmare", American Journalism Review, 16/6, 1994, p. 38

46 Et la loi du mort/kilomètre devient du même coup vide de sens.

47 Radio and Television News Directors Foundation, op.cit., p. 55 et 69

48 Richard Lamm, ancien gouverneur du Colorado, et qui n'a jamais dit "les personnes âgées ont le devoir de mourir et de laisser la place aux jeunes" Feola Christopher J., op.cit.

49 Shaw Russell, Woods Dan, "Record fees", American Journalism Review, 16/9, 1994, p. 44

50 Une couverture de Newsday réconciliait grâce à un habile montage les patineuses Nancy Kerrigan et Tonya Harding, réunies pour un entraînement virtuel. Le doyen de la Faculté de journalisme de l'université Columbia y voit le 'péché journalistique ultime' à une époque où les images convoyent l'essentiel du message d'un récit. (New York Times, 17/2/94, cité par Edupage).

51 "Reading Tonya's mail", American Journalism Review , 16/3, 1994, p. 12

52 Pogash Carol, "Cyberspace Journalism", American Journalism Review, 1996, http://www.newslink.org/ajrpog.html

53 http://cgi.nando.net/stats-bin/weekly

54 http://www.cediti.be/RadioBelche/

55 Autre exemple de one-man-media, le DailyNews, http://www.newscurrent.com/aboutus.htm

56 Jackson David, "Extra! Readers talk back! Journalists and their audiences are learning that the I-way is a two-way street", Time , 145/12, 1995, p. 60

57 Supposons qu'à la fin de la décennie 100 millions de personnes soit présentes sur le Net. Donnons à chacune la possibilité de débourser 3 cents par histoire lue. Si un pourcent des lecteurs s'intéressent à un article de Time sur O.J. Simpson, cela veut dire 30,000 dollars de chiffre d'affaires: on constatera rapidement qu'il y a là pas mal d'argent à faire. Quittner Josuah, The birth of way new journalism, 1994, http://www.hotwired.com/i-agent/95/29/waynew/waynew.html

58 Meyer Eric K., "Media Under Cyber-attack", American Journalism Review, 1996

59 http://planetreebok.com/content.html

60 http://belgium.fgov.be/

61 http://www.intellicast.com/weather/bru/#fourday donne la météo bruxelloise des quatre prochains jours

62 http://www.netomium.be/

63 Scanlan Chip, The Writer's Place Is On The Web, The Poynter Institute for Media Studies, 1996, http://www.poynter.org/poynter/chip/aswe/place.htm

64 Colonna d'Istria Michel, "Les journaux et la presse électronique", Le Monde, 30/09/95

65 News Corporation et MCI ont créé une rédaction digitale produisant 24 heures sur 24 pour le WorldWideWeb. Broadcasting & Cable, 11/09/95, repris par Edupage

66 Pour une évocation des difficultés `interculturelles' inhérentes à ces rapprochements, se référer à la description du projet "North Carolina Discoveries", une série de reportages réalisés en commun par des organes de presse écrite, radio et télévisée américains. Moeller Philip, "The digitized newsrooom", American Journalism Review, 17/1, 1995, p. 42

67 http://www.click.com.au/

68 Exemple saisissant: http://www.word.com/place/guyana/

69 Gates Bill, La route du futur, Robert Laffont, 1995, p. 141

70 http://www.msnbc.com/

71 Un numéro d'ESPN SportsZone (http://espnet.sportszone.com/) compte à peu près 15000 documents. De quoi occuper un lecteur moyen jour et nuit pendant un mois.

72 Hauben Michael et Ronda, Netizens: On the History and Impact of Usenet and the Internet, http://www.columbia.edu/~hauben/project_book.html

73 à l'initiative d'un étudiant (CRAYON), d'un fabricant de logiciel (Netscape), d'une entreprise créée pour l'occasion (Individual Inc.), ou d'un organe de presse traditionnel (Newshound, du SJ Mercury) e.a.

74 Vannevar Bush, conseiller du président Roosevelt est considéré comme l'auteur du document fondateur, et le père de l'hypertexte. Bush Vannevar,  "As We May Think", The Atlantic Monthly, Juillet 1945, http://www.isg.sfu.ca/~duchier/misc/vbush/vbush.txt

75 par Ted Nelson. The Princeton Spigot, http://www.princeton.edu/~garfunkl/spigot/htjourn.html

76 Hauben Michael et Ronda, op.cit.

77 Exemple d'article construit en hypertexte: Scanlan Chip, As We May Report: Writing Journalism On-Line, http://www.poynter.org/poynter/chip/aswe/aswe.htm. Du même auteur, http://www.poynter.org/poynter/chip/aswe/newform.htm suggère de nouvelles formes de récit, en squelette de poisson ou en coquille d'escargot...

78 Une incitation à la briéveté renforcée par les caractéristiques techniques de l'interface informatique (taille de l'écran, déplacements de la souris, difficultés du scrolling). Le court paragraphe apparaît comme la dimension idéale d'un document. McAdams Mindy, "Hypertext breakdown, an overview", HotWired , 18 mai 96, http://www.well.com/user/mmcadams/basic.units.main.html

79 The Princeton Spigot, op.cit.

80 Voir par exemple la structure de LeadStory: une histoire, cinq chapitres, et dans chaque chapitre, cinq papiers, http://www.bnet.att.com/leadstories/

81 cfr Leadstory ou le concept de départ de Suck, http://www.suck.com/

82 C'est déjà le cas de Timecast, http://www.timecast.com/

83 http://www.slate.com/

84 New Yorker, 13/05/96, p. 58 (repris par Edupage)

85 Lasch Christopher, "Journalism, Publicity, and the Lost Art of Argument", Media Studies Journal, 9/1, 1995, p. 81, cité par Hauben M. et R., op. cit.

86 Katz Jon, "Online or Not, Newspapers Suck", Wired , 1994. Dans un article consacré à l'explosion d'Oklahoma-City, le très sérieux Wall Street Journal estime qu'en temps de crise, Internet est devenu le medium de choix où l'information circule souvent plus vite que dans les circuits traditionnels. Sandberg Jared, "Oklahoma City Blast Turns Users Onto Internet for Facts, Some Fiction" Wall Street Journal, 20/04/95, p. A6

87 http://fool.web.aol.com/fool_mn.htm

88 Feed Editorial Statement, http://www.feedmag.com/95.05letter.html

89 Cette soudaine intimité entre le journaliste et son lecteur donne parfois le vertige. Un éditeur du magazine Time s'est retrouvé en ligne face à 70000 lecteurs en colère, une situation inédite pour qui a l'habitude de gérer quelques coups de fil de protestation. Jackson David, op. cit.

90 Hauben Michael et Ronda, op.cit

91 Et devinez quel genre de personnes s'avère très souvent être les plus douées pour la conversation en ligne ? Des écrivains. Mais pas nécessairement les plus en vue, qui généralement n'apprécient pas d'écrire à l'oeil. Marisa Bowe de Word dans un dialogue de Feed.

92 http://www.ina.fr/CP/MondeDiplo/Forum/algerie/maillist.html

93 http://www.concentra.be/surfmap/studiobasis35

94 Source: Peter Danko, éditeur de Wired

95 Les titres des nouveaux magazines sont éloquents: Word, Feed, Suck, Salon, Spank, Glow...

D'autres exemples à http://www.online-journalist.com/resources.html

96 entre 300 et 600 millions de $ de CA pour la littérature sur Internet, environ 250 pour le commerce électronique. "Brave new medium, same old message", The Economist, 24/6/96

97 Katz Jon, op. cit.

98 Resnick Rosalind, "Loser Business Models and How to Spot Them", Interactive Publishing Alert, Août 96, http://www.NetCreations.com/ipa/

99 Negroponte Nicholas, Being Digital, Hodder et Stoughton, Londres,1995, p. 11

100 Bauwens Michel, "The Three Laws of the Cyber-Economy", CMC Magazine, Juin 1996, http://www.december.com/cmc/mag/1996/jun/baulaw1.html

101 Neil Postman, de la New York University, cité par Fulton Katherine, " http://www.journalism.now ", op. cit.

102 "Best Jobs For The Future", US News&World Report, 30/10/95

103 En revanche le responsable du réseau d'information en ligne de Microsoft n'a engagé que de jeunes diplômés en journalisme... capables de faire aussi la preuve d'une bonne connaissance de la programmation informatique.

104 Sessions Stepp Carl, "The New Journalist", American Journalism Review, Avril 96

105 Media in Cyberspace Study II, op. cit.

106 http://www.nando.net/prof/freedom/1994/speeches/coffey.html