(texte paru dans un numéro spécial de la revue Micro 4, septembre 1995)
Cette année-là, j'avais oublié de m'inscrire à temps aux éliminatoires du Festival du Rire de Rochefort. Je décidé donc de concourir pour la bourse René Payot de la Communauté des Radios Publiques de Langue Française. On voit bien ce que ce genre de malentendu peut avoir de fâcheux pour la suite d'une carrière. Estampillé journaliste d'avenir par un jury international, jugement sans appel, j'assume depuis lors en silence ce douloureux dérapage du destin. Et je me console en songeant que le sens de l'humour n'est pas totalement inutile à un boursier de la CRPLF.
Lorsqu'il disserte avec un lauréat du prix Pulitzer, par exemple. Vous souriez ? Si le Pulitzer est le Nobel du journalisme, je ne vois pas pourquoi le Payot ne serait pas le Pulitzer des radios francophones ! D'autant qu'à choisir entre une médaille un peu lourdingue et un bon à tirer d'un million de centimes sur le Trésor suisse, on doit pouvoir trouver, même sur la Côte Ouest, quelques candidats reporters prêts à se convertir aux arguments de la francophonie. Ajoutons que le Payot n'empêche pas le Pulitzer, et réciproquement. Si le coeur vous en dit je pense même détenir la trame d'un reportage qui vaudrait à coup sûr à son auteur la reconnaissance des jurés de Columbia.
Une enquête-vérité sur la CRPLF. Une série sans concessions. montrant comment quelques responsables de service public dénués de scrupules satisfont leur goût des voyages aux frais du contribuable en assurant la prospérité d'associations aux sigles obscurs et aux mobiles indéfendables. Car n'importe quel lauréat du prix Payot ayant pu comparer in vivo les différents univers de la Communauté vous le confirmera comme moi: la francophonie est un concept aussi sympathique qu'insensé. Québécois, Suisses, Belges et Français parlent à peu près la même langue, mais ils n'ont ni les mêmes racines, ni la même culture.
La preuve ? Ils ne s'amusent pas des mêmes choses. Pendant que le Français brocarde, le Belge entarte, le Québécois cherche à comprendre et le Suisse attend la fin de son service pour s'esclaffer dans les règles... Qu'est-ce que vous dites ? J'aggrave mon cas ? Eh, pas de blague, c'était pour rire !
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