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Sexe, mensonges et Internet

(conférence au Palais des Congrès de Liège le 6 mars 97)

Titre en trois parties, donc je suppose trois types de public.

Ceux qui sont venus pour entendre parler de mensonges ... levez la main... menteurs !

Comme titre, j'avais d'abord pensé à "Repenser l'ethique communicationnelle à la lumière des nouveaux développements de la connectique généralisée" mais je me suis dit que je risquais de m'enrhumer dans une salle à moitié vide.

De toute façon, "sexe..." ou "repenser..." c'est le même propos, la même question, la seule qui importe vraiment lorsqu'on parle d'internet, et qui n'est pas de savoir si demain nous pourrons suivre minute par minute le championnat de Zanzibar de patinage artistique sur un ecran stéréoscopique miniature porté au poignet, mais de savoir dans quelle mesure ce nouveau media va modifier les rapports entre les êtres humains ?

En commençant par les rapports affectifs, puisque 20 siècles d'histoire indiquent que l'homme, et certaines femmes, ne pensent qu'à ca - tout en essayant de faire croire qu'il s'occupe activement de répondre au courrier en retard ou de préparer une conférence en province.

Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si les premières études réalisées sur Internet ont essayé de répondre à cette fascinante question: l'homme ne pense qu'à ca d'accord, mais dans quelle proportion précise ?

J'espère que vous aimez les chiffres.

L'ensemble des utilisateurs connectés au réseau représentent un formidable réservoir statistique. Internet c'est 50 millions de connectés, presque la population d'un pays comme la France. Tout ce qui se passe dans ce grand pays virtuel laisse une trace électronique. On peut compter combien de fois tel ou tel site est visité, d'où viennent les visiteurs, quel type d'information ils consultent et quel type d'information ils mettent sur le réseau à la disposition des autres connectés. On peut donc essayer d'évaluer dans cette gigantesque population la proportion d'obsédés du train électronique et ceux qui ne pensent qu'à cela. Hélas les experts sont aussi divisés là dessus que les membres de la fédération liégeoise du parti socialiste sur l'avenir de philippe busquin. Pour le train électrique tout le monde est d'accord, cela n'intéresse pas grand monde. Mais pour le sexe, les estimations vont de moins de 1% à près de 90%.

Or cette question est cruciale, aussi cruciale sans doute que l'avenir politique de philippe busquin.

Pourquoi ? parce que qui dit sexe dit pornographie et qui dit pornographie sous entend que fait la police ? autrement dit nécessité de controle.

Si ceux qui décrivent Internet comme une gigantesque boite à partouzes font valoir leur point de vue, on peut s'attendre à voir internet devenir un pays sous haute surveillance. En revanche, si la pornographie s'avère confidentielle, un des arguments majeurs pour contrôler le réseau devient caduc. Malheureusement vu l'importance de l'enjeu le débat est aussi serein qu'un souper aux chandelles entre Joelle Milquet et Charles Ferdinand Nothomb. Certains acteurs de ce débat ont manifestement des intentions suspectes, et de part et d'autres on s'accuse ouvertement de mensonges. Nous y voilà.

Tout commence avec une couverture choc du magazine américain Time il y a un an et demie. On y voit un enfant apeuré dans le noir avec un grand titre: Cyberporn.

Très réussi dans le genre effrayant. Ils en étaient très fiers sur le moment, un peu moins à la réflexion, ce qui fait qu'ils ont retiré l'image de leur site Internet et que je ne suis donc pas en mesure de vous la montrer.

L'article s'inspire d'une étude réalisée par un étudiant américain de l'université Carnegie Mellon, Marty Rimm. Une étude qui tient en un chiffre d'une précision mathématique impressionante: sur 917410 images trouvées sur le réseau, 83,5% ont un contenu sexuel.

Autre découverte de l'étude: il ne s'agit pas que de modèles gentiment dénudés. Le type de photos qu'on y trouve est le genre qui ne se trouve pas facilement dans les rayons des librairies spécialisées, par exemple des images de pédophilie ou de zoophilie, et, explique marty rimm relayé par time, c'est pour ce type d'images que la demande est la plus forte. Pour achever cette description glauque, l'auteur précise que dans ces parties du réseau visitées par l'étude on trouve 98,9% de males et 1,1% de femmes payées par les marchands d'image pour faire marcher leur commerce. Je regarde dans la salle... 95%...

La publication de cet article déclenche deux types de réaction hystérique. La première chez certains hommes politiques américains qui voient là le moyen de se faire rapidement un nom sur un thême porteur. La famille aux Etats Unis c'est sacré, surtout pour les classe moyennes, celles qui élisent les présidents.

Celui qui s'engouffre le premier dans la brêche est un certain sénateur Exon. Il propose une loi punissant de prison ferme et d'amendes colossales tout qui serait impliqué dans la diffusion ou la consommation d'images pornographiques sur internet.

L'autre réaction hystérique c'est celle des défenseurs de la liberté d'expression.

Ils font d'abord observer que si Time fait autant de battage autour d'Internet c'est surtout parce que le magazine américain est à la recherche d'un second souffle éditorial et qu'il vient d'investir des sommes colossales dans le cyberspace.

Puis ils démolissent point par point l'étude, à la fois ses résultats et la méthodologie utilisée. Et tant qu'à faire ils démolissent aussi l'auteur de l'étude, un étudiant de candidature qui a déjà une longue réputation de pétroleur, puisqu'alors qu'il était encore adolescent, Marty Rimm s'était déguisé en cheick arabe pour mener une enquête dans les casinos de son quartier, avait découvert qu'on y laissait jouer des mineurs et avait provoqué en deux temps trois mouvements une modification de la loi locale sur les casinos.

Je ne vais pas rentrer dans le détail de la polémique mais le principal argument des détracteurs de l'étude est que les chiffres avancés ne concernent pas directement Internet en tant que tel mais les BBS, bulletin board systems, des petits réseaux plus ou moins directement connectés au grand réseau qu'est Internet, et où on ne rentre qu'en étant membre, cad le plus souvent en payant une cotisation.

Décrire ce qui se passe dans ces BBS comme étant représentatif d'Internet tout entier, c'est donc un peu comme extrapoler les comportements des habitués des clubs privés de la rue du Pot d'or à l'ensemble des habitants de la province de Liège.

Et puis ces détracteurs font un autre calcul que Marty Rimm. La pornographie sur Internet circule essentiellement à travers Usenet, cad l'ensemble des groupes thématiques, il y en a entre 10 et 30 mille, dans lesquels on discute aussi bien de l'observation des comètes (recreational astronomy), des dessins animés japonais (fan mangas) ou des malheurs du parti socialiste (society culture belgium). Or 3% des groupes de discussion auraient un caractère pornographique, et Usenet au total ne représente que 11% du trafic Internet.

Conclusion: sur Internet il n'y a pas 83,5% d'activité pornographique comme le prétend Marty Rimm mais 3% de 11% cad moins d'un demi%.

Alors qui a raison ? J'ai bien peur que Maryy Rimm n'ait pas tout à fait tort. Il y a plus de sites consacrés à la religion qu'au sexe sur Internet, mais les sites consacrés au sexe ont beaucoup beaucoup plus de succès.

Premier indice. Chacun peut refaire l'expérience de Marty Rimm à petite échelle et constater que les ordres de grandeur qu'il évoque ne sont pas vraiment exégérés. Jetons par exemple un oeil sur le trafic usenet des 15 derniers jours, et prenons les forums consacrés aux échanges d'images.

dans le groupe images de peintures classiques: 0 messages

images de meubles: 2

images astronomiques: 23

animaux: 39

top modeles plus ou moins vetues: 157

images erotiques: 4400

... sans compter les 78 images du groupe images diverses dont je n'ai pas fait un décompte exact mais parmi lesquelles on trouve tout de même Batman en sous vetement

Tant qu'à faire, on peut même raffiner l'analyse. en observant l'activité des sous groupes érotiques. On obtient alors une sorte de hit parade des fantasmes. Donc toujours sur les 15 derniers jours et en éliminant le plus scabreux, ce sont les amateurs d'exhibitionnisme qui viennent en tete avec 782 messages

suivis des sados masos 520

des admirateurs de la poitrine féminine 438

des défenseurs de l'inceste 406

des propagandistes de la fessee 320

des necrophiles 205

des zoophiles 191 (53479 ds dejanews)

des partisans de l'asphyxie comme technique aphrodisiaque159

et on en apprend tous les jours en queue de peloton ceux qui ne concoivent l'amour qu'en compagnie d'un serpent 26 (12804) messages

Je vous le dis tout de suite. si vous vous précipitez dans le premier cybercafé à la sortie de cette conférence pour en savoir plus sur la sexualité des cobras vous risquez d'être décu. en fait vous arrivez un an trop tard. les premiers utilisateurs d'internet était des gens ordonnés et sérieux et le contenu des groupes de discussion correspondait à l'intitulé du groupe. ce n'est plus le cas aujourd'hui.

La faute d'abord au commerce. la plupart des messages ne comportent pas directement des images mais souvent des adresses de sites payants ou ces images se trouvent.

La faute aussi à tous ceux qui utilisent ce fantastique système de diffusion pour inonder le monde de commentaires plus ou moins tendancieux sur la moralité d'hitler ou les exces de la fiscalité américaine. En fait parmi les 320 messages du groupe images de fessee, choisi au hasard, n'en déduisez rien, un seul correspond réeellement au propos. Cela ne change rien au raisonnement. si les commercants en tout genre postent leurs offres spéciales dans ces quartiers roses du réseau c'est parce qu'ils savent que c'est là que l'utilisateur moyen promène d'abord son regard.

Autre indice. Une petite expérience que mène un proche depuis un an et demie. Il a ouvert un site avec trois types de pages: des considérations intellectuelles sur Internet avec une invitation à échanger des idées sur la question, deuxième type de contenu, des suggestions gastronomiques avec la possibilité d'envoyer des idées de restaurant à visiter, et enfin une page intitulée sexe qui ne contient rien sauf un texte demandant au surfeur de réclamer un mot de passe qui bien sur n'existe pas.

Ce site a reçu a peu près 2000 visites, et une centaine de ces visiteurs ont laissé un message. Deux à propos de l'avenir d'internet, une vingtaine de suggestions de restaurants, et nonante-cinq demandes de mots de passe.

Autre indice: savez vous quel était le mot clé de recherche le plus utilisé dans les outils de recherche américains l'an dernier ? Pamela. Vous voyez qui je veux dire, et vous voyez sans doute quelle partie de sa personnalité incitait les surfeurs à pianoter sur leurs claviers.

Autre indice encore. Pour l'instant tout le monde perd de l'argent sur Internet, même si beaucoup de gens font de l'argent avec Internet.

A part les conférenciers évidemment, il y a tous les consultants et surtout ceux qui écrivent sur Internet. En fait, le total des ventes de tous les bouquins écrits à propos d'Internet représente une somme plus importante que l'ensemble du commerce électronique sur l'ensemble de la planète.

Mais il y a tout de même quelques petits malins qui font fortune sur le réseau. Ceux qui vendent les seuls services pour lesquels le surfeur est apparemment pret à payer: les services à caractère sexuel.

On appelle cela pudiquement service de vidéoconférence pour adulte. L'usage en est très compliqué. Il faut charger un logiciel spécial, l'installer, s'enregistrer auprès de l'émetteur et puis payer.

C'est hors de prix. 200 francs belges la minute, et pour ce prix là vous avez droit dans un coin de l'écran à l'image sautillante et approximative d'un stripteaseur ou d'une stripteaseuse qui obéit aux ordres que vous tapez sur le clavier.

Ca fonctionne relativement mal parait il je n'ai jamais essayé et les coupures de lignes qui doivent etre particulièrement frustrantes sont fréquentes.

Malgré tous ces inconvénients cela marche du tonnerre. Plusieurs de ces minientreprises dont certaines sont basées aux pays bas disent réaliser un chiffre d'affaire d'un demi milliard par an. Avec des coûts réduits puisque le stripteaseur ou la stripteuse qui travaille huit heures d'affilée et dont beaucoup se droguent pour tenir le coup ne touche lui que 20 $ de l'heure.

Le sexe est donc un moteur important du développement d'Internet. Rien d'étonnant là-dedans. Ce sont les mêmes instincts primaires qui ont popularisé une autre technologie récente je ne parle pas de canal + mais du magnétoscope. Aux Etats Unis dans les années 70 la moitié des cassettes vidéo vendues étaient des cassettes pornographiques.

D'ailleurs si Marty Rimm devait refaire son enquête dans une université belge il aboutirait au même résultat. Je ne citerai pas l'université en question, mais un responsable informatique d'une institution très morale me confiait récemment que la consultation des groupes pornographiques par les étudiants bénéficiant d'un accès Internet était stupéfiante. Il ne m'a rien dit de la consultation des mêmes groupes par les ensignants de la même université mais je suis prêt à parier qu'il y aurait eu aussi matière à méditation.

Conclusion. Oui, de toute évidence le surfeur pense beaucoup à ca. Mais est-ce grave docteur ? Voilà la question. Une question à deux ans de prison ou cent mille dollars d'amende, la peine maximale prévue par la loi américaine votée l'an dernier après les remous provoqués par l'affaire cyberporn. Une loi qui n'y va pas de main morte, puisqu'elle interdit la transmission de tout matériel indécent, donc même pas obscène, qui pourrait atteindre des mineurs de moins de dix huit ans.

Comme le web est ouvert à tout le monde, cela signifie que la diffusion du texte de l'amant de lady chatterley, des affiches les plus significatives de calvin klein ou simplement l'usage d'une série de mots réputés indécents dont le mot de cambronne, suffiraient à vous emmener derrière les verrous. Vous m'avez bien compris: si vous dites merde aux Etats Unis sous une forme électronique vous faites preuve d'une indécence coupable et vous méritez sur papier deux ans de prison.

Une loi qui a soulevé un tollé de protestations, et dont l'application est suspendue jusqu'à ce que la cour suprême se soit prononcé sur sa constitutionnalité. Mais une loi qui risquerait un jour de servir d'exemple au reste du monde.

Car le reste du monde aussi s'est ému. Notamment la Belgique, confrontée au drame des disparitions d'enfant.On n'a pas saisi d'ordinateur chez Marc Dutroux, mais le monde politique belge très secoué est impatient de reprendre l'initiative.

Et lorsqu' une association de lutte contre la pédophilie fait parvenir à Elio di Rupo 39 disquettes contenant des images on ne peut plus explicites patiemment récoltées sur le réseau, le ministre des télécommunications se dit qu'il faut faire quelque chose, et décide de positionner la belgique à la pointe de la lutte contre la pédophilie sur Internet. Faire quelque chose mais quoi ? On devrait le savoir bientôt. Un groupe de chercheurs a planché sur le problème pendant l'hiver et il publiera la semaine prochaine ses conclusions. Dont un vent favorable me permet de vous donner quelques éléments.

Premier constat: il y a déjà une série de textes légaux qui s'appliquent à la pornographie sur Internet. La loi belge punit celui qui diffuse des images pédophiles, non seulement celui qui diffuse, mais aussi et cela va peut etre vous surprendre celui qui en possède. Autrement dit si vous téléchargez une image litigieuse sur votre disque dur, vous êtes passible d'un mois à un an de prison.

C'est l'article 383 bis paragraphe deux de la loi du 13 avril 95 visant la répression de la traite des êtres humains et de la pornographie enfantine.

Ceci ne concerne que les images mettant en scène des mineurs, mais une autre loi de mars 95 punit de la même peine de prison toute offre de services à caractère sexuel utilisant les réseaux de télécommunications. Interdiction donc de pratiquer en belgique le genre de vidéoconférences pour adultes dont on parlait à l'instant

Faut-il aller plus loin ? Le rapport des chercheurs wallons recommande l'usage de filtres.

C'est l'idée qu'une série de mots ne sont plus tolérés sur Internet. Et que tout texte diffusé doit passer par ces filtres pour être nettoyé. Un fournisseur d'accès américain, america on line a essayé ce système il y a quelques années. Parmi les mots interdits, il y avait poitrine. Plus possible de discuter du profil de Pamela Anderson, ce qui est sans doute extremememnt moral, mais plus possible non plus de parler cancer du sein. Les surfeurs malades ou convalescents qui se soutenaient mutuellement en échangeant leurs expériences dans le forum cancer du sein se sont scandalisés et america on line a abandonné les filtres.

Une idée reprise l'automne dernier par le gouvernement de Singapour. A singapour on aime pas du tout la contestation politique. La presse traditionnelle est sous haute surveillance, mais voilà qu'avec internet certains malotrus se sont mis à critiquer ouvertement le régime. Pire un farceur a réussi à envoyer de faux messages signés du premier ministre. Qui n'a pas du tout apprécié. Depuis lors Singapour est à la pointe de la recherche technologique en matière de censure du réseau.

Autre avant gardiste, la Chine. Pekin a défini une série de sites interdits de visite pour les surfeurs chinois,. En tete de liste un monument de pornographie aux yeux de la Chine mais sans doute pas aux yeux de tous: le magazine Playboy.

Bien sûr on pourrait sans doute trouver un consensus même au niveau international pour bannir certains concepts comme la pédophilie, quoique évidemment cela poserait problème aux associations de lutte contre la pédophilie dont les textes seraient aussi impitoyablement et automatiquement expurgés, mais cela n'empecherait pas des pédophiles décidés de contourner le problème.

En utilisant des mots de codes. En remplacant dans leurs débats et leurs échanges d'images ou d'adresse le mot pédophile par un autre mot convenu, je ne sais pas moi, non pas socialiste.

Conclusion, mieux vaut oublier les filtres. C'est une utopie dont un programmeur américain astucieux s'est d'ailleurs moqué en diffusant un petit programme qui nettoye les textes pornographiques en remplacant tous les mots interdits par le nom du sénateur exon. Imaginez la même chose en Belgique avec di rupo.

Le rapport suggère aussi une mesure plus radicale. La fermeture des groupes de discussion consacré au sexe.

Aujourd'hui c'est facile puisque généralement le terme sexe figure dans l'intitulé. Quoique là aussi il y ait des ambiguités. Scotland Yard a publié une liste de 200 groupes de discussion à bannir, mais dans la liste il y a les groupe où théoriquement les homosexuels se retrouvent pour discuter de leurs problèmes d'insertion sociale.

De toute façon il ne faut pas être très créatif pour imaginer que des pédophiles pourraient facilement décider de se retrouver dans le groupe de discussion jardinage et d'y parler de toute autre chose que de bouture des roses. Si on veut bannir des groupes de discussion, la seule solution sera de les bannir tous.

En fait il apparait assez clairement qu'il n'y a pas de solution technique simple pour aseptiser le réseau.

Entre autres parce qu'aucun etat n'a vraiment la maitrise de tous les robinets internet qui alimentent son territoire.

Sauf la chine pour l'instant vu le sous développement de ses réseaux télécoms et singapour vu sa toute petite taille. Et encore, les projets de diffusion d'internet par satellite vont changer les choses.

Pour les autres, la seule solution c'est une grande police mondiale du réseau. Et c'est d'ailleurs une recommandation faite à la page 60 de ce rapport. Les Américains en rêvent, une sorte de superfbi qui controlerait en permanence toute l'activité électronique de tous les citoyens de la planète. Les Belges seront-ils pour ? J'espère que non car ce serait un véritable cauchemar à côté duquel 1984 d'Orwell ressemblerait à un épisode de bonomet et tilapin.

Mine de rien notre vie quotidienne est potentiellement de plus en plus électronique. Depuis peu CERA est la première banque belge qui offre un service de homebanking par internet. En Belgique sur Internet on peut d'ores et déjà réserver un voyage, acheter une voiture d'occasion. Trouver une jeune fille au pair. A Ixelles on peut commander une pizza par internet. Que le fbi soit susceptible de savoir si je préfère la 4 saisons avec supplément d'ail ou la fruits de mer avec un verre de rouge, je ne sais pas vous mais moi cela me gene quelque part.

Notez que le fbi ou la cia détient peut-être déjà une fiche avec mes gouts en matière de cusine italienne.

En général, j'adore les théories de conspiration, pas parce que j'y crois, mais parce qu'elles sont souvent d'une grande beauté conceptuelle. Mais dans ce cas ci en plus de la beauté conceptuelle je me dis qu'il pourrait y avoir un fond de vérité.

De quoi s'agit-il ? Vous savez qu'Internet est une invention du Pentagone. L'idée était de créer un réseau d'ordinateurs qui soit à l'abri des tentatives de destruction soviétiques. Pour cela il fallait que lorsqu'un ordinateur était détruit les messages qui passaient par cet ordinateur puissent emprunter un autre chemin et parvenir malgré tout à leur destinataire. En schématisant grossièrement on pourrait dire qu'il y avait donc une série d'ordinateurs relais par lesquels transitaient les messages. Des ordinateurs historiquement gérés par les militaires. Rien ne dit qu'ils ne conservent pas un oeil sur le courrier qui passe par là.

Vous me direz que quand je commande une pizza de schaerbeek à ixelles ma commande électronique ne passe pas par les états unis. eh bien vous aurez tort. pour des raisons d'économie et de qualité de la bande passante, de plus en plus de sites belges sont en fait physiquement installés en amérique, à portée des grandes oreilles des services secrets de bill clinton.

Depuis la privatisation du réseau, le Pentagone conserve d'ailleurs une présence discrète mais très centrale dans l'organisation d'internet, puisque ce sont des militaires à la retraite qui siègent au conseil d'administration de la société qui supervise la gestion des noms internet. Un observatoire stratégique.

Un député européen belge a qui je racontais cela l'autre jour me disait qu'il ne voyait pas le problème puisque de toute façon de tout temps les facteurs ouvraient le courrier. Peut etre, mais la différence c'est que quand il s'agit de courrier électronique, le facteur peut lire avec l'aide d'un ordinateur un million de lettres à l'heure, et en faire une copie sans que le destinataire n'ait rien remarqué. L'autre différence c'est que mon facteur je connais sa tête et qu'il est assermenté. Ceux qui controlent les ordinateurs qui acheminent mes messages j'ignore jusqu'à leur nationalité.

Il y a une parade à ces intrusions. C'est l'utilisation de petits programmes de cryptage, comme le célèbre PGP. Vous utilisez une clé pour coder votre courrier ou votre commande de pizza, et le destinataire une autre clé pour le décoder. Suivant la longueur de la clé, le message est plus ou moins indécodable.

Théoriquement avec les clés les plus puissantes tous les ordinateurs de la terre devraient travailler ensemble quelques milliers d'années pour découvrir que finalement aujourd'hui vous avez choisi une thon champignons avec un tiramisu.

Mais là aussi le lobby des descendants d'eliott ness s'active. Les Etats Unis ont interdit l'exportation des systèmes à clé trop puissantes. Et avec l'Europe ils veulent généraliser le système du tiers de confiance. Personne ne pourrait plus crypter un message sans avoir auparavnt déposé sa clé de cryptage auprès d'une agence officielle.

Justification avancée. Ces sytèmes de cryptage sont urilisés par la mafia pour rendre indécodables les comptabilités frauduleuses. Apparemment la mafia ne sait pas encore que quand on a une comptabilité à problème on la brule c'est quand même plus simple.

Autre justification il faut empecher les terroristes de s'échanger des recettes de bombe et les pédophiles de mettre sur pied des réseaux.

De gros mensonges si vous voulez mon avis. Pourquoi ?

Parce que si comme on l'a vu le réseau est un lieu où flotte un net parfum de sexualité malsaine, c'est aussi un lieu d'une grande convivialité où s'expriment toutes sortes de sentiments positifs comme le plaisir de l'entraide et de la solidarité.

Un miroir de notre civilisation dirait sans nul doute un sociologue. L'homo internetus n'est pas foncièrement méchant mais il vit mal une sexualité frustre réprimée par des siècles d'éducation judéochrétienne.

Si vous voulez mon avis, le vrai problème de la pornographie sur Internet est là.

Pas moyen sinon de comprendre les chiffres de marty rimm. S'il y a 83% de pervers sur la planète il est urgent de revoir la définition de ce qui est pervers et de ce qui ne l'est pas.

Certaines constatations feraient même de l'usager du réseau un individu plus honnête que la moyenne. Je lisais il y aqqes mois ce constat étonnant, qui est peut-être encore vrai: des dizaines d'articles et de livres ont été écrits sur le thème "le plus grand problème d'internet c'est la sécurisation des transactions électronques" et pourtant on a pas encore constaté un seul cas de détournement de numéro de carte de crédit sur le réseau. Alors qu'il y en a des centaines chaque jour dans les restaurants.

Quand à l'idée qu'internet favoriserait le trafic pédophile elle a tout d'un mythe.

D'après le centre américain qui lutte contre l'exploitation et les disparitions des enfants, le fameux centre dont on cherche à installer une version européenne en belgique, il y a eu dans les six premiers mois de 95, apparemment les dernières statistiques disponibles, moins d'une douzaine de faits à caractère pédophiles recensés sur Internet.

En revanche à la même époque il y a eu en moyenne une douzaine de cas par jour d'enlèvement ou de viol d'enfants entre guillemets classiques. Plus 400 tentatives par jour. Difficile sur base de ses chiffres de justifier le statut de grande menace attribué à internet chaque fois qu'on évoque le drame de la pédophilie.

Ceux qui voyent derrière la campagne contre les dangers d'internet un grand complot mensonger poursuivent le raisonnement. Pour diaboliser le réseau, le plus simple est encore de se déguiser en diable et d'y faire un peu de provocation.

Donc, disent les amateurs de conspiration, quand vous tombez sur un message "trop beau pour être vrai" du genre Sujet: Je cherche de petits enfants Message: Je cherche de petits enfants en vue d'entretenir des relations sexuelles, garçons ou filles, âgés de 6 à 9 ans. Je paye cher. Merci, signé Jerry.

Quand vous tombez la dessus demandez vous qui se cache derrière ce pseudonyme de Jerry, et pour quel service de police ou quelle agence de renseignement il travaille avant d'alerter les ligues de protection des enfants et de déposer un projet de loi pour censurer le réseau.

Notez que dans ce cas ci, le provocateur ou le mauvais plaisant, on a vu beaucoup de cas aussi de faux messages qui étaient des blagues faites par un utilisateur qui avait emprunté l'adresse électronique d'un ami, ce provocateur ou ce mauvais plaisant profite des possibilités d'anonymat offertes par le réseau. Paradoxalement ces possibilités d'agir de manière invisible sont aussi dans le colimateur des partisans d'un controle accru.

Un anonymat de toute façon très relatif. Si vous avez une connexion Internet, le propriétaire des sites que vous visitez ne peut pas connaître votre identité.

En revanche votre fournisseur d'accès peut facilement reconstituer votre parcours de surfeur.

S'il est curieux et je connais les informaticiens, il arrive que certains fassent preuve d'une curiosité sans limites, il peut jeter un oeil sur les groupes de discussion que vous fréquentez et savoir si ce soir vous êtes plutot senti porté sur les fortes poitrines ou sur les hauts talons.

Dans l'université dont je vous parlais tout à l'heure certains étudiants amateur de fortes poitrines et de hauts talons se sont fait discrètement sermonné par une autorité académique. Ils ont été les premiers surpris d'apprendre qu'ils étaient observés par un ordinateur chargé de faire rapport sur des comportements de surf contraires à la morale.

J'ajoute que par prudence les deux principaux fournisseurs d'accès en Belgique innet et eunet archivent désormais toutes les données.

Si vous vous sentez mal, sachez que vous ne pouvez pas faire grand chose pour échapper à la curiosité de votre fournisseur d'accès. En revanche pour vous exprimer sur le réseau de façon discrète il existe pour l'instant des techniques d'anonymisation.

Supposons que vous soyez le chauffeur d'un président de parti et que vous souhaitiez faire des révélations sur ses voyages au luxembourg.

Il y a bien sûr le numéro vert de la gendarmerie mais on ne sait pas trop sur qui on tombe. Il y a le courrier des lecteurs des grands journaux mais ils acceptent rarement le lettres anonymes. En revanche si vous publiez un message dans le groupe de discussion be.politics vous êtes sûr d'être lu par plusieurs centaines de connectés qui se feront un plaisir de répercuter vos informations. Oui, vous pouvez aussi me téléphoner bien sûr.

Mais ces révélations vous pouvez assez simplement les publier de manière anonyme en utilisant les services d'un remailer. Il s'agit d'un ordinateur qui change la signature de votre courrier et la remplace par une adresse électronique fictive dont il garde une copie. Si quelqu'un répond à votre message anonyme, l'ordinateur du remailer qui sait lui qui vous êtes fait suivre le courrier. Il y a d'autres formules de remailer plus sophistiquées mais le principe est toujours le même.

Faut-il continuer à autoriser ces remailers ? Non disent les cyberflics et la commission européenne, qui veut bien les tolérer mais à condition que les identités réelles soient consrvées dans un fichier accessible en cas de problème. Pourtant dans certains cas l'usage de messages anonymes est démocratiquement légitime. Pensez au cadre de Microsoft qui a trouvé une erreur dans le nouveau logiciel de la firme et qui veut la faire connaitre sans se faire virer. Ou a l'opposant chinois en exil qui craint des représailles.

Malgré ces usages démocratiques vitaux les remailers sont menacés de disparition.

Cela a commencé l'été dernier avec la fermeture du plus célèbre d'entre eux, installé en Finlande. Quelqu'un l'avait utilisé pour diffuser des informations confidentielles sur l'église de scientologie. L'eglise a porté plainte. Un juge finlandais lui a donné raison et le propriétaire du remailer a du remettre a la justice le nom de l'auteur du courrier contesté. Il a ensuite préféré fermer boutique.

Le rapport belge dont je vous parle met le doigt sur ce problème des remailers. On sera curieux de voir l'attitude du gouvernement, prié de choisir entre défense de la liberté d'expression, et lutte contre les abus de la même liberté d'expression. Si j'étais le gouvernement belge j'y réfléchirais à deux fois avant de m'aligner sur les thèses du fbi et de la commission euroépenne. Car cette petite décision là se situe dans le contexte général d'une planète de plus en plus quadrillée par les espions électroniques.

Revenons aux pizzas par exemple. Personne n'en a dit un mot, mais depuis quelques mois fonctionne en Belgique le système du caller ID. Dans ce système, lorsque je passe un coup de fil, mon numéro de téléphone s'affiche sur le poste de celui que j'appelle.

Il peut donc savoir avant de décrocher à qui il a affaire et éventuellement choisir de ne pas décrocher. Cela fonctionne chez nous mais uniquement sur certains centraux téléphoniques et évidemment avec les téléphones qui ont le petit écran ad hoc.

Cela fonctionne depuis quelques années aussi aux Etats Unis et un livreur de pizza à domicile avait eu l'idée très conviviale de relier ce système à une base de données de ses clients. Ce qui donnait le dialogue suivant. Un type appellait pour commander une pizza et avant qu'il ait pu ouvrir la bouche, le téléphoniste répondait en disant "salut charles, une saucisson piquant avec un grand coca comme d'habitude ? ". Bon ils sont constaté que cela avait tendance à effrayer le client et donc maintenant ils ont toujours la base de données et le prénom du client qui s'affiche mais ils font comme si de rien n'était.

Contexte toujours. J'ai un ami qui est entré en guerre contre les cartes avantages de chez Gb, ou delhaize plus. Il passe son temps dans les files aux caisses à expliquer aux ménagères qu'elles devraient bruler ce petit morceau de plastic séance tenante.

Pourquoi ? Ces cartes permettent aux grands magasins de répertorier tous vos achats sur l'année. Vous n'imaginez pas tout ce qu'on peut déduire de votre vie privée en analysant une liste de course. Surtout avec l'aide d'un ordinateur qui peut instantanément passer en revue une base de donnée pour y rechercher des configurations inhabituelles.

On peut par exemple lui demander de rechercher les clients qui le vendredi soir achètent dans un gb qui n'est pas leur gb habituel une bouteille de champagne et une boite de préservatifs.

Si ce genre de situation ne vous concerne pas il y en a d'autres susceptibles d'inquiéter les citoyens les plus honnêtes. Avec sa base de données GB constate que vous devenez un grand amateur de cigares et il vous envoie quelques offres spéciales pour du tabc cubain en promotion. Pas grave. En revanche, le jour où il revend ces données à votre compagnie d'assurances qui décide d'augmenter votre prime d'assurance vie parce que vous prenez des risques avec vos poumons, vous serez sans doute plus perturbé.

Bien sûr il y a des textes européens qui interdisent l'abus de ces données. Mais c'est comme les directives sur les licenciements collectifs, le grand public n'est pas au courant, personne n'est vraiment en mesure de surveiller ce qui se passe, et les termes de la loi eux même sont vagues. Par exemple une entrprise doit protéger ses données du vol de manière adéquate, adéquate cela ne veut pas dire grand chose.

Contexte encore. Dans un autre genre en grande Bretagne on voit se multiplier les caméras de surveillance dans les rues.

Il n'y a aucune loi nationale qui réglemente leur utilisation, donc les communes qui les installent font un peu ce qu'elles veulent y compris éventuellement du commerce avec les enregistrements.

Exemple saisissant l'an dernier une commune a vendu une cassette d'ébats amoureux filmés sur la voie publique à l'insu des acteurs, sans que bien sûr ceux ci ne touchent de royalties.

Les projets de mainmise policière sur Internet s'inscrivent dans la même inquiétante logique.

Ces menaces sont elles bien réelles ? Autrement dit Internet n'est il pas une mode, comme la CB il y a quelques années. Il y a des signes.

Extrait d'une longue liste de statistiques publiée la semaine dernière sur le réseau. Nombre de fois que le président clinton a mentionné internet dans son discours sur l'état de l'union 97: 6 fois. Nombre de fois que le président clinton avait mentionné internet dans son discours sur l'état de l'union 96: zéro fois. c'est un signe.

En sens inverse je feuilletais ce matin le dernier numéro d'inside internet, un magazine belge a priori plutot porté à exagérer le phénomène, et curieusement je suis tombé sur une sorte d'éditorial dépressif.

"Gardons les pieds sur terre et examinons quelques chiffres. Seul 1,2% de la poulation européenne dispose d'une connection à Internet. Et cela ne veut pas dire que ce pourcent en fait quelque chose. 1,2%. La recherche scientifique ne tient même pas compte de ces pourcentages "statistiquement trop faibles pour une recherche rationnelle" disent les hommes de science.

Si je ne m'abuse, précise l'auteur de l'article le fan club de lady Di compte plus de membres.

Et cela continue plus loin "les constructeurs de sites web racontent n'importe quoi quand ils affirment qu'il faut être sur internet pour ne pas rester très rapidement à la traine de la concurrence. actuellement les compagnies de téléphone sont les seules qui gagnent des sommes folles avec internet. normal donc que belgacom nous incite à aller surfer. d'ailleurs combien de sites vous sont vraiment indispensables ? Un ou deux. Les autres sites, vous les parcourez parce qu'ils existent. En d'autres termes: si les sites n'existaient pas vous n'éprouveriez pas le besoin de surfer. fin de citation.

Oui mais voilà. Du temps où la télévision n'existait pas personne n'éprouvait le besoin de zapper, cela ne veut pas dire que la télévision n'ait pas radicalement bouleversé les rapports humains lorsqu'elle est apparue. Même chose avec Internet. Une information capitale est passée complètement inapercue. En 1995, pour la première fois aux Etats Unis on a échangé plus de courrier électronique que de courrier postal. La pression économique obligera l'europe à suivre les états unis, puis l'afrique à suivre l'europe. Les relations humaines passeront de plus en plus par l'intermédiaire des ordinateurs, et il est urgent que les citoyens fassent savoir qui il veulent voir controler ces machines et qu'ils fassent entendre leur voix pour qu'Internet devienne un outil de plus grande émancipation et pas l'instrument d'un esclavage subtil.