La télévision et Internet, entre concurrence et complémentarité

(version simplifiée d'un article à paraître)

Qui a raison ? Andy Grove, le patron d'Intel, numéro un mondial du microprocesseur, persuadé que dans dix ans les utilisateurs de micro-ordinateurs connectés à Internet seront plus nombreux que les téléspectateurs, et que le PC trônera au centre de chaque living-room[1]... ou ce haut responsable de Philips, convaincu qu'il y a deux mondes séparés dans une maison, et que le bureau et ses outils utilisés individuellement tels que le télécopieur, le Minitel et l'ordinateur, resteront toujours à l'écart du salon, lieu du spectacle familial et collectif où l'on trouve la télévision [2] ? L'ordinateur va-t-il chasser le téléviseur ? Les <<&nbsp;programmes&nbsp;>> véhiculés par Internet vont-ils remplacer progressivement les grilles télévisées ? Ou les compléter harmonieusement ? A moins que les opérateurs de télévision ne profitent du développement des réseaux pour étendre leur pouvoir, et imposer leur loi au monde informatique... Un enjeu économique colossal et un débat sociologique incertain, alimentés par un incessant fourmillement d'innovations technologiques. Une confrontation aux allures de thriller, dont cet article tente de préciser la trame.

1. Deux médias pour un public ?

Les premières enquêtes aboutissent à une même conclusion: Internet prive la télévision d'une partie de son public. Les utilisateurs du réseau passeraient en moyenne deux heures par jour devant leur terminal, essentiellement au détriment du petit écran[3]. Une autre étude[4] affirme que le temps consacré chaque jour à la télévision par les adultes adeptes d'Internet est inférieur d'un quart à la moyenne américaine. Confirmation encore de cet effet de substitution auprès de septante mille utilisateurs du réseau interrogés par la société Yahoo[5]: 60% des répondants disent passer de moins en moins de temps devant le téléviseur et de plus en plus devant l'ordinateur. C'est ce que montre aussi le tableau suivant[6]. Il détaille les changements de pratiques induits par la consommation d'Internet: la télévision est manifestement le principal perdant.

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2. Une parenté naturelle

La télévision fut le premier outil multimédia, bien avant que ce terme ne s'impose dans toute vision prospective du champ de la communication. Il n'est pas étonnant qu'elle entretienne des rapports étroits avec Internet, univers multimédia par excellence. Cette proximité naturelle est mesurable: dans un classement récent[7], deux des trois sites les plus consultés sur le World Wide Web[8] émanaient de télédiffuseurs. Elle se traduit par la présence de plus de 700 chaînes de télévision sur Internet.

2.1. Une colonisation à deux vitesses

Un recensement précis de ces implantations serait un travail de bénédictin un peu vain. Il n'existe aucune liste qui fasse autorité, et la volatilité du réseau leur garantit une obsolescence rapide. A titre indicatif, en fusionnant les données des deux répertoires les plus souvent utilisés[9], on obtient la répartition suivante:

¨ Amérique du Nord: 553 sites, soit 79% du total

¨ Europe: 103 sites, 15%

¨ Asie/Océanie: 28 sites, 4%

¨ Amérique latine: 15 sites, 2%

¨ Afrique: 2 sites, 0,2%

Même si la structure très différente des paysages audiovisuels empêche une véritable comparaison, l'inégalité géographique saute aux yeux: l'écart de développement, déjà manifeste&nbsp;au départ, entre les médias audiovisuels des cinq continents est encore accentué lorsqu'on examine leur implantation sur le World Wide Web. Toutes les télévisions américaines importantes ont pris pied sur Internet. Ce n'est pas le cas en Europe.

2.2. La recherche de synergies

Un coup d'oeil sur le contenu de ces sept cents sites parcourt la gamme du plus utile au plus futile[10]. Que proposent les télévisions aux surfeurs ?

¨ une carte de visite: historique de la chaîne, organigramme, fréquences des émetteurs.

¨ une vitrine commerciale: Arte[11] présente le catalogue de ses productions; la chaîne hispano-américaine Univision[12] fait connaître ses audiences à des annonceurs potentiels.

¨ la grille des programmes, éventuellement enrichie: résumés de films, photos des animateurs, pointeurs vers des bases de données extérieures.

¨ la transcription de tout ou partie d'une émission: recettes de cuisine, conseils de maquillage ou, beaucoup plus rarement, journaux télévisés.

¨ des archives. C'est un des avantages majeurs du réseau. Le coût du stockage électronique est dérisoire: il est techniquement possible d'offrir au public l'ensemble des productions passées et présentes d'une chaîne à peu de frais. CNN offre ainsi gratuitement l'accès à plusieurs années de reportages[13].

¨ des prolongements didactiques. Exemple type: <<&nbsp;The West&nbsp;>>, une série de la chaîne publique américaine PBS consacrée à la conquête de l'Ouest, est complétée sur Internet par une ligne du temps, une carte interactive, une série de notices bibliographiques, les documents d'archives ayant servi à la confection du scénario et des pointeurs vers d'autres sites dédiés au Far West[14].

¨ des produits dérivés, par exemple un magazine électronique centré sur un feuilleton à succès[15], ou le télé-achat électronique de TF1[16]

¨ une fenêtre interactive. Recréer les agoras de jadis dans la société high-tech d'aujourd'hui[17]est le projet d'émissions comme TalkBack Live, dans laquelle le bon vieux standard téléphonique a cédé la place aux écrans reliés à Internet. Habits neufs pour une vieille idée aussi, l'Internet rouge mis en place par TF1 pour permettre au public de faire connaître rapidement les événements dont il est témoin. Cette recherche de l'interactivité, souvent présentée comme la pierre philosophale offerte par le réseau à un univers médiatique en crise, prend des formes variables, depuis l'adresse électronique qui économise au téléspectateur mécontent l'achat d'un timbre[18], jusqu'aux débats en direct avec l'aide de logiciels spécialisés[19] . Elle génère aussi de multiples sondages[20] auprès des téléspectateurs internautes.

¨ des jeux: depuis le quiz quotidien de CNN jusqu'au cahier à colorier électronique de TV Ontario[21] . Les premières expériences de vidéo à la demande montrent que le jeu est l'application qui recueille a priori le plus de suffrages[22]. Les concepteurs de service en ligne s'en inspirent, et c'est souvent dans ce département qu'ils font preuve de la plus grande créativité[23] .

2.3. L'exemple belge

Un large scepticisme face au phénomène d'un côté, et quelques initiatives enthousiastes mal encadrées de l'autre: en Belgique, les rapports entre l'ancien média et le nouveau ont été caractérisés dans un premier temps par la méfiance et l'improvisation. Quelques hésitations plus tard, une certaine dynamique commence à apparaître. En attendant le démarrage, annoncé comme imminent, d'un site RTBF, la BRTN et Canal + sont les seules chaînes belges à disposer d'un espace Internet opérationnel. Les pages de la BRTN[24] sont actives depuis juin 96. Principale originalité: une version électronique du télétexte. Le reste du contenu s'inscrit dans la logique d'une vitrine interactive: on y trouve, en vrac, un aperçu des programmes de Radio1, l'histoire de Radio3, les fréquences de Radio Donna, le générique des émission nocturnes, les conseils de loisirs de Studio Brussel, le courrier électronique des téléspectateurs du magazine Panorama, le logo de la deuxième chaîne, et les conditions d'admission au Club des Amis de Radio Vlaanderen Internationaal.

Canal + Belgique[25] détaille ses tarifs d'abonnement, présente l'essentiel de ses programmes, et propose un jeu hebdomadaire consacré au cinéma. Lancé cet été, ce quiz n'a connu aucun gagnant pendant ses quatre premières semaines, ce qui donne une indication de la difficulté pour ces nouveaux médias de trouver un public. La courte histoire des médias belges sur Internet est d'ailleurs déjà jonchée de quelques feuilles mortes. VT4 propose quelques photos sur un site manifestement désaffecté[26]: un animateur de la chaîne y lance un appel à soutenir son combat contre les essais nucléaires français[27]. Ka 2[28] a disposé d'une présence sur Internet durant un court laps de temps, avant de fermer boutique. Enfin, l'ancêtre Rock Rapport[29], sans doute la première émission de télévision belge à avoir chercher à s'exprimer dans le cyberspace, est silencieux depuis un an.

Ici comme ailleurs, l'attitude des chaînes de télévision reflète l'humeur générale de la société par rapport à Internet. De ce point de vue, l'expérience belge n'est pas généralisable à l'ensemble de l'Europe. Si les pays latins ont jusqu'à présent souvent été à la traîne, il n'en va pas de même des Pays-Bas, du Royaume-Uni, et, dans une moindre mesure, de la Scandinavie et des pays Baltes, actifs dès la préhistoire du réseau.

2.4. Une audience incertaine

On dispose de peu de données sur la fréquentation de ces sites. Ceux qui rendent publiques leurs statistiques ne sont pas nécessairement ceux qui semblent rencontrer le plus de succès: l'Estonia News Television, par exemple, ne revendique que quelques dizaines de curieux par jour[30]. En revanche, dès leur lancement et sans avoir fait l'objet d'une campagne de promotion particulière, les journaux de France3 ont attiré entre deux et trois mille visiteurs quotidiens[31] sur le Web.

3. Une proximité croissante

3.1. Des rôles interchangeables

L'équivalent de CNN dans le cyberspace, une <<&nbsp;chaîne&nbsp;>> d'information en continu accessible 24h sur 24 sur les écrans d'ordinateur, existe depuis février 96. La société californienne PointCast[32] fournit météo, informations générales, nouvelles sportives et boursières à tous les utilisateurs de PC qui ont téléchargé son logiciel. Celui-ci fonctionne comme un économiseur d'écran. Il profite de chaque instant d'inactivité du microprocesseur pour aller chercher sur Internet les dernières nouvelles et les afficher dans un coin de l'écran. Le logiciel est gratuit, les profits sont générés par les bandeaux publicitaires qui encadrent les nouvelles. Celles-ci proviennent de plusieurs sources: agences traditionnelles (Reuters, AccuWeather), des quotidiens (Boston Globe, Los Angeles Times), des magazines (Time, People), des bureaux de relations publiques (PR Newswire)[33]. Le lecteur peut hiérarchiser à sa guise les différentes catégories d'information, et personnaliser leur contenu, en choisissant de ne recevoir que tel cours de bourse, telle météo, ou les nouvelles locales de telle ou telle région. Seules des considérations d'économie de bande passante limitent actuellement le système à la transmission d'informations sous forme de texte: à l'avenir, sons et images compléteront ces <<&nbsp;émissions&nbsp;>>. Le succès de PointCast est tel que certaines entreprises interdisent à leurs employés d'installer le programme sur leur poste de travail. Huit cent mille copies auraient déjà été installées, et PointCast affirme compter chaque mois plus de deux cent mille nouveaux utilisateurs. CNN a bien compris la menace puisque la société de Ted Turner s'est associée à PointCast, et envisagerait d'en prendre le contrôle[34]. PointCast n'est qu'un exemple de l'interchangeabilité fonctionnelle croissante des deux médias.

3.2. La conquête de l'image

C'est la conquête de l'image qui place définitivement l'ordinateur sur le terrain de la télévision. On trouverait déjà plus de 10 mille heures de matériel audiovisuel sur Internet[35]. La qualité de la vidéo est médiocre, mais les progrès rapides dans la transmission du son[36] laissent prévoir des avancées similaires dans le domaine de l'image. L'évolution la plus spectaculaire est l'apparition de systèmes de diffusion d'images vidéo en temps réel. Avant l'arrivée de ces techniques, basées sur des algorithmes sophistiqués de compression, la vidéo était un mode de communication impraticable sur le World Wide Web: le téléchargement des images devait se faire préalablement à la vision, et durait parfois une heure pour une minute d'images.

StreamWorks[37] et VDOlive[38], les deux procédés les plus connus de vidéo en temps réel, ont mis fin à cette attente fastidieuse. Dans les deux cas, l'image produite est de petite taille et de qualité très approximative[39] , et le son parfois à peine audible, mais le résultat reste, généralement, compréhensible. Ces deux technologies sont surtout révolutionnaires par les applications qu'elles laissent entrevoir lorsque les problèmes de débit du réseau auront été résolus[40]. Il deviendra alors possible à tout possesseur d'un PC, d'un microphone, d'un caméscope et d'un logiciel valant quelques centaines de dollars au plus[41] , de se transformer en patron de chaîne planétaire[42]. Les écoles, les associations, les églises, les groupes de pression, les entreprises, pourront prendre pied sur le marché de la télédiffusion pour une infime fraction de ce qu'il en coûte aujourd'hui. En utilisant au besoin les services d'un intermédiaire sur le réseau, comme Internet Television Network[43], qui assure déjà la diffusion en VDOLive des programmes d'une centaine de firmes commerciales, officines publiques ou associations privées - des pneumatiques Michelin au fisc américain. Dans un créneau parallèle, l'universalité et la souplesse du procédé offrent aussi une alternative séduisante à l'infrastructure lourde de serveurs spécialisés imaginée au départ pour la vidéo à la demande.

Signe qu'elles ont compris l'intérêt de cette nouvelle technologie, et la menace potentielle, plusieurs chaînes de télévisions ont adopté ces procédés et émettent sur Internet un échantillon quotidien de leurs programmes. C'est ainsi que CBS diffuse chaque jour un reportage[44] de deux minutes et que France 3[45] propose un résumé de six minutes de son journal national et de plusieurs éditions régionales.

4. Une convergence à tâtons

Fournir un accès à Internet par le téléviseur est un élément clé de notre stratégie commerciale globale, centrée sur la convergence de l'audio, de la vidéo, de l'ordinateur, et de la communication. Pour Sony, que le moteur de cette convergence soit l'ordinateur ou le téléviseur est sans importance.[46] Les acteurs économiques ont compris la nécessité d'agir en fonction de ces proximités renforcées. Une foule de projets ont été mis en chantier, mais la multiplicité des stratégies témoigne davantage d'une perception de l'urgence que d'une vision précise de l'avenir. Quelques exemples.

4.1. Convergences matérielles

4.1.1. WebTV: l'ordinateur dans la télévision

Bientôt une nouvelle touche sur la télécommande du zappeur. Verte, dans le cas de WebTV, projet conçu par une petite société californienne avec le soutien des multinationales Sony et Philips. Cette nouvelle fonction donne au téléspectateur l'accès au World Wide Web. Les premières tentatives[47] d'implanter un navigateur[48] sur un écran de télévision s'étaient heurtées à des difficultés techniques - lisibilité réduite, logiciels incompatibles - mais les promoteurs de WebTV sont convaincus de les avoir résolues. Leur produit est annoncé pour cet automne[49] à un prix censé défier toute concurrence[50]. D'autres suivent une voie parallèle:&nbsp;Mitsubishi lancera prochainement sur le marché un million de téléviseurs équipés de connections à Internet[51].

Le Genius Theatre de RCA pousse à l'extrême cette stratégie de greffe: un téléviseur grand format équipé d'un magnétoscope, d'un décodeur numérique, d'un chargeur de cédéroms, d'un microprocesseur, d'un clavier sans fil, d'une mémoire interne, d'un port imprimante et d'un modem. Ce tout-en-un haut de gamme est annoncé pour 1998.

4.1.2. Intercast: la télévision dans l'ordinateur

Il est possible depuis longtemps d'installer un tuner dans un PC, mais le projet Intercast, centré sur une technologie développée par Intel, est d'une autre nature. Une puce intégrée à l'ordinateur décode des signaux spéciaux, émis par les chaînes partenaires du projet[52] en même temps que leur programme normal. Ces signaux contiennent des données complémentaires, par exemple le texte du reportage diffusé. Le téléspectateur peut en commander l'affichage à son ordinateur[53]. Cette variante ambitieuse du télétexte a été testée à l'occasion des Jeux Olympiques d'Atlanta. NBC estime que 12 millions de PC équipés du système Intercast seront vendus avant fin 97[54]

4.1.3. Le Network Computer: entre télévision et ordinateur

Larry Ellison, le fondateur d'Oracle, est le père du Network Computer, un terminal à bas prix donnant accès à Internet. Le NC, qui a l'apparence d'un téléviseur muni d'un clavier, pourrait séduire la frange du public que la complexité et le coût du matériel informatique traditionnel tiennent à l'écart du réseau. Son succès entraînerait automatiquement un développement spectaculaire d'Internet. Premiers modèles attendus avant l'hiver 96.

4.2. Convergences économiques

4.2.1. Des intérêts communs

Les alliances entre télédiffuseurs et prestataires de services en ligne se multiplient. Les termes de l'échange sont simples: la technologie contre le contenu. Ainsi Yahoo propose-t-il aux télévisions locales américaines une présence gratuite sur son site[55]. En contrepartie, la société acquiert une valeur ajoutée directement proportionnelle à la quantité et à la qualité de l'information apportée par ces chaînes.

Il faudrait que les boutons d'un téléviseur soient des sélecteurs de contenu et non plus des sélecteurs de canaux. Regarder la télévision aujourd'hui, c'est s'asseoir dans un train. Demain ce sera comme conduire une voiture, un service orienté vers les goûts et les choix de l'utilisateur (...) Supposons que la vision d'un documentaire d'une heure vous passionne; vous pourriez par exemple demander à voir les nonante neuf heures de rushes qui ont été écartées du montage final. C'est vers cela que nous allons.[56] Le caractère interactif du réseau l'inscrit naturellement dans cette vision de télévision à la carte. Plusieurs expériences récentes explorent ce que pourrait être cette collaboration. L'exemple le plus éloquent est le projet MSNBC.

4.2.2. MSNBC, le média mutant

Bienvenue à MSNBC! Seule entreprise d'information à combiner trois technologies - la diffusion hertzienne, le câble et Internet - MSNBC vous offre à chaque instant les nouvelles du monde entier. Regardez les sur NBC, CNBC Cable ou MSNBC Cable, puis connectez-vous à msnbc.com pour obtenir l'ensemble des événements du jour, des infos de dernière minute, et une couverture approfondie des grands dossiers du moment. L'une des caractéristiques les plus excitantes de MSNBC est sa nature interactive. Vous pouvez composer votre `une' pour ne recevoir que les informations qui vous intéressent, ou vous joindre à d'autres lecteurs pour ouvrir un débat...[57]

Depuis la fin des années 80, CNN incarne à peu près à lui tout seul l'idée de réseau mondial d'information. NBC, premier network américain à avoir introduit la couleur et la stéréo, fait à nouveau confiance à la technologie pour tenter de récupérer une partie du terrain conquis par la chaîne d'Atlanta. NBC s'est allié au géant du logiciel Microsoft. Le résultat, baptisé MSNBC, est opérationnel depuis juillet 96. MSNBC, dans lequel chaque partenaire investit un quart de milliard de dollars[58] , est un hybride, à la fois une chaîne de news diffusée sur le câble et un service d'information en ligne accessible sur Internet. MSNBC Cable est l'enjeu immédiat, en concurrence directe avec CNN[59]. MSNBC Interactive est le service en ligne, divisé lui-même en deux parties. La première, <<&nbsp;On Air&nbsp;>>, complète les programmes de la chaîne télévisée: les téléspectateurs l'utilisent pour poser des questions aux invités, ou obtenir des détails sur certains éléments d'un programme. La seconde, <<&nbsp;The News&nbsp;>>, est une véritable rédaction qui produit un journal en ligne, en jouant sur les points forts de l'édition sur Internet, notamment la création de liens en hypertexte. Une centaine de journalistes s'y consacrent à temps plein[60]. NBC comprend que le public est en train d'éteindre les téléviseurs et d'allumer les ordinateurs. MSNBC est une stratégie pour l'atteindre quel que soit le médium qu'il utilise[61].

MSNBC Interactive, dont les débuts ont été laborieux[62], n'est pas un exemple unique, ni même le pionnier du genre. A une échelle réduite, CNET, The Computer Network, se flatte d'avoir été le premier à intégrer la production de programmes télévisés avec la création de sites sur Internet[63]. CNET a lancé récemment une joint venture avec E! Entertainment Television pour réaliser E! Online, un service interactif d'information orienté sur le divertissement. En Europe, la BBC vient de s'allier au poids lourd de l'informatique britannique ICL. Objectif: le lancement en mars 97 d'un service en ligne sur Internet, un projet qui évoque irrésistiblement l'association entre Microsoft et NBC.

5. Conclusion

La télévision ne sera jamais une concurrence sérieuse pour la radio, parce que les gens doivent s'asseoir et conserver les yeux collés à un écran; la famille américaine moyenne n'en a pas le temps. Cette prédiction du New York Times date de 1939[64]. Elle incite à éviter toute conclusion hâtive. Grâce aux techniques de vidéo en temps réel, Compuserve, fournisseur de service en ligne, diffuse régulièrement des concerts de musique rock. Un concurrent sérieux pour MTV ? Ces nouvelles technologies permettent à de nouveaux acteurs de s'attaquer aux télévisions sur leurs terrains de prédilection. Mais elles fournissent aussi aux télévisions de nouveaux champs d'action: pendant l'été 96, CBS doublait sa couverture hertzienne des conventions présidentielles de transmissions en direct sur Internet, via VDOLive.

Il n'y aura jamais d'images parlantes affirmait tout aussi résolument en 1924 D.W. Griffith, un pionnier du cinéma muet. Les possibilités offertes par les réseaux informatiques ajoutent une nouvelle dimension aux médias existants. Par leur maîtrise du contenu, composante déterminante dans le commerce de la communication, ceux-ci sont les mieux placés pour en profiter. Mais comme à l'époque de la transition vers le cinéma parlant, certains comprendront sans doute plus vite que d'autres le bénéfice qui peut en être retiré, et le risque de ne pas y prêter attention.

Yves Thiran est journaliste à la RTBF, maître de conférences invité à l'UCL et chargé de cours à l'ICHEC.

1 rapporté par Le Soir, 10/08/96

2 Michel Ayel, directeur des nouvelles technologies de Philips Electronique Grand Public, cité dans La télévision se cramponne au salon, Le Monde, Supplément Multimédia, 30/09/95

3 Etude réalisée aux Etats-Unis en 1995 et citée dans Radio and Television News Directors Foundation, Wired Journalist: Newsroom guide to the Internet, 1996, p.12

4 RTNDF, op.cit., p.12

5 http://www.yahoo.com/

6 RTNDF, op.cit., p.12

7 1.Netscape 2.NBC 3.CNN, classement au 20/09/96, http://www.100hot.com/

8 Pour une initiation au vocabulaire d'Internet, voir p.ex. Kroll Ed, Le Monde Internet, O'Reilly & Associates ou Lips Benoit, Internet en Belgique, BestOf Editions, Bruxelles, 1995

9 TvNet, http://www.tvnet.com/, et WebOVision, http://www.webovision.com. Chiffres très imprécis, car l'une et l'autre contiennent de multiples erreurs: catégorisations boiteuses, doubles imputations, sites disparus...

10 Voir la visite guidée en réalité virtuelle de la régie finale de la chaîne Family Net, http://www.familynet.org/network.mov

11 http://www.lasept-arte.fr/fr/LaSept-ARTE.html

12 http://www.univision.net/top20.html

13 http://www.cnn.com/

14 http://www3.pbs.org/weta/thewest/

15 ainsi Melrose Place, une production Fox, http://www.foxnetwork.com/melrose/sppg1.htm

16 http://www.tf1.fr/teleshop/teleshop.htm

17 http://www.cnn.com/CNN/Programs/TalkBack/

18 en 1995 les fans du feuilleton SeaQuest ont conçu une offensive électronique mondiale, sans doute la première du genre, pour dénoncer la dérive érotique de leur feuilleton préféré - et ils ont obtenu gain de cause.

19 entre autres Irc, p.ex. Fox World IRC chat, http://www.foxnetwork.com/entindx.htm

20 voir p.ex. http://www.cbs.com/cbskidzone/poll.html

21 http://www.tvo.org/cb_fr/default.html

22 Schwartz Evan I., <<&nbsp;People Are Supposed to Pay for This stuff?&nbsp;>>, Wired, 07/95

23 voir p.ex. http://www.cbs.com/cbskidzone/

24 http://www.brtn.be/

25 http://www.ib.be/cplus/index.html

26 http://www.riv.be/vt4/

27 http://www.riv.be/NoN/biowalter.html

28 VTM est apparemment en train de reconstruire un espace électronique pour ses deux chaînes, voir http://www.vtm.be/vtm/.

29 http://www.reference.be/Rock-Rapport/

30 http://www.utv.ee/access/access.html

31 Chiffres fournis par Serge Blin, responsable de la filiale de France Télévision chargée de la réalisation des services et produits interactifs

32 http://www.pointcast.com/

33 DreamJob: Digital newsroom needs product manager, HotWired, 08/02/96, http://www.hotwired.com/dreamjobs/96/31/oldpage4a.html

34 Kahn Hal, <<&nbsp;PointCast, CNN team for online news delivery&nbsp;>>, San Jose Mercury News, 10/07/96

35 Howard Gordon, président de Xing Technologies, cité par Ingram Darren, TelecomPressWire, compte rendu de Net Media 96, London City University, 07/96, CARR-L archives

36 Les promoteurs de la technologie Shockwave affirment que leur système offre la qualité du compact disc, http://www.macromedia.com/

37 http://www.streamworks.com/

38 http://www.vdolive.com/

39 Streamworks génère en moyenne 2 trames par seconde, et VDOlive 15 au maximum, ce qui est peu par rapport aux 50 trames de l'image de télévision traditionnelle.

40 ... s'ils se résolvent un jour. L'arrivée progressive des modems branchés sur le cable de télédistribution comme alternative aux modems connectés au réseau téléphonique devrait y contribuer, ainsi que des expériences de sous-réseaux à grande vitesse, comme le fameux Mbone.

41 Le Personal Server de VDOLive est gratuit, mais limité à deux clients simultanés. La version professionnelle coûte de 600 à 12000 $ en fonction du nombre de connections simultanées possibles.

42 La similitude est telle que le fournisseur de services en ligne Compuserve a du incorporer un délai de plusieurs secondes dans ses émissions en Streamworks pour éviter de tomber sous la coupe de la FCC, l'organisme chargée de réguler les chaînes de télévision aux Etats-Unis. Webbed: video on the Internet,.The Economist, 20/01/96, p. 82

43 http://intv.net/. Pour l'heure, ces services sont du reste gratuits.

44 http://uttm.com/

45 http://www.sv.vtcom.fr/ftv/index.html

46 Carl Yankowski, president de Sony Electronics, cité dans <<&nbsp;Sony slates september to bring the Internet to the television&nbsp;>>, communiqué de presse Sony, 26/08/96, http://www.sel.sony.com/SEL/webtv/webtvfed.html

47 notamment l'Envision d'Olivetti

48 adaptation française du browser, le logiciel d'exploration du réseau.

49 St.Petersburg Times 10/07/96

50 autour de 300$, voir http://www.sel.sony.com/SEL/webtv/webtvfaq.html

51 En collaboration avec la société américaine View Call. Atlanta Journal-Constitution 17/09/96, cité par Edupage 17/09/96

52 Pour l'instant NBC et CNN... par ailleurs concurrentes acharnées sur le terrain de l'info en continu (voir plus bas); La liste des autres partenaires d'Intercast donne une idée de l'étendue des rapprochements qui s'opèrent dans le monde de la communication: outre CNN, NBC et Intel, on trouve entre autres Viacom, les fabricants de logiciels Netscape, QVC, et Asymetrix, l'opérateur de réseau câblé Comcast; le fournisseur de services en ligne America Online et les assembleurs Gateway 2000 et Packard Bell.

53 Broadcasting & Cable, 01/07/96, p. 11, cité par Edupage 09/07/96

54 Clark Tim, NBC stakes a claim on PC-TV future, C-Net, 29/06/96

55 Et prochainement aux chaînes étrangères, cfr Broadcasting & Cable, 01/07/96, p. 60, cité par Edupage

11/07/96, http://www.educom.edu/

56 Walter Bender, chercheur du Massachussets Institute of Technology, cité par Fulton Katherine, <<&nbsp;Future tense: the anxious Journey of a technophobe&nbsp;>>, Columbia Journalism Review, 32/4, 11/1993, p29

57 page d'accueil de msnbc.com, http://www.mnsbc.com/about.html

58 Gunther Marc, <<&nbsp;Microsoft and NBC forge alliance to enter cable market&nbsp;>>, Fortune, 08/07/96, p.120

59 une quinzaine d'heures d'information proposées chaque jour à 20 millions de téléspectateurs câblés face aux 60 millions de spectateurs américains nourris 24h sur 24 par CNN.

60 Corcoran Elizabeth, <<&nbsp;A Software Giant's Hard News Hopes&nbsp;>>, Washington Post, 27/06/96

61 Larry Gerbrandt, consultant américain cité par Gunther, op. cit.

62 Alors que la rapidité de réaction est censé être un des points forts du réseau, la nouvelle de l'explosion du vol TWA en juillet à Long Island n'apparut sur Internet que plusieurs heures après avoir été communiquée sur le câble.

63 http://www.cnet.com/

64 cité dans <<&nbsp;Brave new medium, same old message&nbsp;>>, The Economist, 24/06/1996