« Mentir à la presse ? Mais je fais cela tout le temps ! » Jean-Luc Dehaene, premier ministre du Royaume de Belgique, Berlin, 25 mars 99

Il est temps de rendre au mensonge sa place centrale dans l’expérience humaine. Une étude américaine démontre qu’une conversation sur trois contient des éléments trompeurs. Une autre observe que 92% des étudiants universitaires ne disent pas toute la vérité à leurs partenaires amoureux.     

L’exemple vient d’en haut : les sportifs dopés, les responsables politiques corrompus et les chefs d’Etat adultérins prospèrent à la une des journaux. Le lecteur en redemande, signe que le petit fraudeur se reconnaît dans l’escroc de haut vol.

Parallèlement, le progrès technologique construit un environnement propice aux démystifications. Les téléphones portables trahissent les conjurés, les cartes de crédit piègent les faux-témoins, des caméras microscopiques dénoncent les comportements déviants. Ces nouveaux outils, et d’autres, collectent et enregistrent une masse inédite d’informations. Les réseaux électroniques en assurent la circulation souterraine, et l’Internet la publication au grand jour.  La société de l’information commence à ressembler à une grande maison de verre où la logique binaire du vrai/faux aurait définitivement raison des ambiguïtés humaines.  

Deux moteurs orchestrent ce déshabillage : le zèle des forces de l’ordre et l’avidité des experts en marketing, puissants alliés de circonstance. La traque proactive du gendarme et le ciblage au plus près du consommateur se rejoignent autour d’une même cause, tout savoir pour mieux contrôler.