La course à la
transparence est lancée. Tout indique qu’elle ne s’arrêtera plus. Certains
s’en effrayent, récitent l’enfer d’Orwell et organisent la résistance à
Big Brother. La fin de la vie privée serait l’apocalypse annoncée par le
changement de millénaire. D’autres partent du postulat inverse. Une société
vraiment lucide, dans laquelle chacun verrait l’autre tel qu’il est,
mi-ange, mi-démon, serait débarrassée des carcans manichéens, des
psychanalystes et des confessionnaux. Enfin libre. Ou définitivement esclave.
L’analyse de ce basculement à l’issue imprévisible est l’objet de ce petit livre. La sexualité y joue le rôle d’un révélateur privilégié. On trouve, dit-on, sur l’Internet davantage de lieux voués à la religion que de sites roses, mais les seconds ont infiniment plus de succès que les premiers. La traite de la chair virtuelle a longtemps été la seule forme de commerce électronique rentable. Les mafias pédophiles ont favorisé l’émergence de l’Internet dans le discours public. Et c’est le procès d’un président infidèle qui a consacré le réseau comme nouveau média à part entière. En parodiant Wittgenstein, la question serait donc : ce dont on ne pouvait parler, faudra-t-il désormais cesser de le taire ?
Par où commencer ?
Par le numéro de mars 69 du magazine Playboy.
Année estampillée érotique, et
pourtant étonnement prude. En couverture, une certaine Penny James ne dénude
que le galbe d’un pied.
Les vraies révélations se trouvent page 53.
Marshall
McLuhan, « grand prêtre du culte pop et métaphysicien des médias »
, décrit les effets d’une révolution encore invisible. La dictature de
l’alphabet et son corollaire, le primat de l’œil, auraient vécu. Les
nouveaux outils électroniques annoncent la réconciliation de l’individu avec
l’ensemble de ses sens, et de ses semblables. L’homme occidental se prépare
à abandonner « les haut plateaux des valeurs lettrées » pour
retourner à la tribu. L’ordinateur organise la transhumance vers cette
« Afrique intérieure ». Il affranchit de la nécessité du travail
et génère le