temps du loisir.
Faisant fi des barrières linguistiques, il coordonne le rassemblement des énergies.
Une fois enclenché,
le processus déborde son créateur : McLuhan place sans hésitation
l’homme sous la coupe de ses automates. « L’Esquimau est un servomécanisme
de son kayak, le cowboy de son cheval, l’homme d’affaires de sa montre, le
cybernéticien – et bientôt le monde entier – de son ordinateur. »
Sur ce dernier point au moins, le prophète canadien a vu juste : le monde
entier n’a pas encore un ordinateur, mais les récalcitrants et les mal lotis
se savent en sursis. En revanche, si le chantier du village global est en voie
d’achèvement, son apparence définitive est loin d’être claire. Où mènent
les autoroutes de l’information ? A un village de cases dans lequel
Marshall McLuhan prédisait que l’infinie diversité des êtres aurait dissous
le conformisme imposé par la civilisation de l’écrit ? C’est une voie
possible, mais l’issue inverse n’est pas moins plausible : le réseau
renforce les forces de contrôle et de centralisation, et c’est l’individu
qui est dissous. Ce village-là ressemblerait alors à celui du « Prisonnier »,
feuilleton mythique de la fin des sixties, tourné à Portmeirion, une station
balnéaire du Pays de Galles.
Entre les tam-tams fusionnels de la brousse africaine et les vents glacés des côtes britanniques, un catalogue de destinations contrastées s’offrent aux passagers embarqués, bon gré, mal gré, dans l’aventure de la société de l’information. Qui choisit le cap ? Personne, dirait McLuhan, persuadé que la technologie est au fond le seul maître à bord. La loi du marché, objectent les avocats d’un autre déterminisme. Le citoyen, plaident quelques idéalistes. En l’absence d’un chef de village, toutes les ambitions paraissent légitimes. Plusieurs catégories d’acteurs se sont penchées sur les plans du chantier. Leur influence respective a beaucoup varié depuis les premières heures du réseau. La combinaison de ces efforts de mise en ordre, parfois conjugués, parfois antagonistes, aboutit inévitablement à une réduction progressive de l’entropie du système Internet. La fin du voyage serait proche. On va où ?