commerce électronique
et l’Internet sont devenus des concepts frères, voire des synonymes.
La transformation
marchande du réseau est le résultat de choix politiques posés au plus haut
niveau. En janvier 93, Bill Clinton s’installe à la Maison Blanche avec un
vice-président épris de technologie. Al Gore n’est pas « l’inventeur
de l’Internet », comme il le revendiquera un jour maladroitement, mais
il peut se flatter d’être l’auteur d’une métaphore inspirante. Ses
« autoroutes de l’information » occupent une place prioritaire
dans l’agenda de la nouvelle présidence. La Maison-Blanche produit un plan
d’action en faveur d’une National Information Infrastructure – comprenez
« autoroutes de l’information » en anglais de bureaucrate.
Ce plan
répartit les rôles entre le secteur public et le secteur privé. Les
entreprises sont chargées de développer et de gérer le réseau, tandis que le
gouvernement s’engage à mener à bien les réformes nécessaires pour
stimuler l’investissement privé. Autrement dit : les entreprises
s’occupent de tout, et l’Etat leur donne un coup de main quand c’est nécessaire.
La stratégie
fonctionne : les autoroutes américaines se développent à vive allure.
L’étape suivante consiste à exporter la recette. Sur le fond, un changement
d’initiale suffit : la NII devient la GII, Global Information
Infrastructure. Un sommet du G7, le club des pays les plus riches de la planète,
est convoqué pour convertir l’Europe.
Le 25 février 1995, le vice-président
Gore débarque à Bruxelles avec un bataillon d’homme d’affaires américains.
Les poseurs de câble d’AT&T, les constructeurs d’ordinateurs de Silicon
Graphics et les marchands de rêve de la Walt Disney Company viennent montrer
aux Européens la voie à suivre.
En réalité, ils prêchent des convaincus. Quelques mois auparavant, le commissaire allemand Martin Bangemann a présidé à la confection d’un rapport qui va servir de référence à chaque stade de la construction de la version européenne de la société de l’information. Les deux premières recommandations