du rapport
Bangemann sont l’abandon des derniers monopoles de télécommunication, et la
suppression « des obligations non-commerciales d’ordre politique et
des contraintes budgétaires imposées aux opérateurs ».
Aide le marché,
et le marché t’aidera : la philosophie du rapport européen ne dévie
pas des principes du modèle américain.
Comme aux
Etats-Unis, la recette génère une croissance incontestable, mais déséquilibrée
dans l’attention exclusive qu’elle porte à l’objectif de développement
du marché au détriment des autres aspects de l’éclosion de la société de
l’information. La composition du groupe Bangemann explique cette perspective
unilatérale. Les patrons de Philips et de Siemens y côtoient ceux de Canal+,
de la CLT et de British Telecom, entre autres : c’est un club de grands
capitaines d’industrie qui a reçu pour mission de définir les priorités du
déploiement de la nouvelle technologie en Europe. Ce parti-pris initial sera
confirmé quelques années plus tard lorsque la chute de la Commission Santer
aura pour effet immédiat le transfert, dans l’embarras général, de Martin
Bangemann chez l’opérateur espagnol Téléfonica.
L’Europe étant
malgré tout l’Europe, quelques voix dissidentes se font entendre. Un
contre-sommet accompagne la réunion du G7 à Bruxelles. Des intellectuels et
des représentants du mouvement syndical insistent sur la nécessité d’étudier
aussi l’impact social, culturel, politique de la cyberrévolution. La
Commission Européenne désigne un groupe d’experts à cet effet. Ils
travaillent pendant deux ans avant de remettre leurs conclusions. Le rapport
Soete, du nom du professeur belge qui dirige les travaux, est théoriquement le
contre-poids citoyen au rapport Bangemann. En pratique, et à la différence de
son prédécesseur régulièrement mis en avant par les autorités européennes,
le rapport Soete - « Construire la société européenne de
l’information pour tous » - terminera sa carrière dans un tiroir.
La polémique est un frein aux affaires, et le biais industriel adopté par l’Europe s’accompagne d’une mise entre parenthèses