des débats les
plus délicats. La discussion sur l’emploi, principale préoccupation des années
90, est exemplative d’un habile tour de passe-passe. L’introduction des
nouvelles technologies est présentée d’emblée comme un des remèdes
possibles au chômage. Pourtant, la première conséquence visible de
l’ouverture des marchés est un dégraissage massif des effectifs des anciens
monopoles publics. Pour résoudre cette apparente contradiction, l’Europe -
s’inspirant d’une étude publiée par l’OCDE en 1993 - assure que les
pertes d’emplois constatées à court terme seront largement compensées par
des embauches ultérieures. Les années passent… et les statistiques tardent
à confirmer les prévisions : en Grande-Bretagne, alors que British
Telecom a perdu au total cent-vingt mille emplois, les nouveaux concurrents en
ont créé moins de quarante mille.
Le « court terme » s’éternise,
mais le concept se prête à un rajeunissement permanent. Confrontée aux démentis
chiffrés, l’Europe se contente de répéter son pronostic initial, tout en
procédant à un double ajustement lexical : les emplois créés deviennent
des emplois sauvegardés, et l’accent est mis davantage sur les effets bénéfiques
indirects pour l’ensemble de l’économie, plutôt que sur le seul secteur
des nouvelles technologies.
En mars 2000 à Lisbonne, les Quinze se jettent à corps
perdu dans « la nouvelle économie » sans avoir éclairci les
rapports ambigus entre l’Internet et l’emploi. L’enthousiasme affiché par
les chefs d’Etat et de gouvernement – dont la plupart avouent pourtant, avec
une candeur déconcertante, une piètre connaissance des concepts et des outils
de la nouvelle technologie – contraste avec la prudence des rapports déposés
sur la table du sommet. Les experts de la Commission Européenne se gardent bien
de chiffrer les emplois promis par l’e-Europe.
En revanche, ils soulignent
qu’aux Etats-Unis, les ventes en ligne ne représentent qu’1% des ventes au
détail.
A l’horizon 2010, cette proportion pourrait atteindre 15 à 20%, soit
au maximum le double des bonnes vieilles ventes par catalogue : est-ce
vraiment là l’indice d’une « révolution » exigeant un
traitement