prioritaire et urgent ? Au delà des ventes au détail, la plus grande partie du commerce électronique concerne les échanges entre entreprises. Mais ces transactions intermédiaires ne correspondent pas à un accroissement de la demande finale. Elles créent donc a priori peu d’emplois : on parierait plutôt que l’irruption de l’Internet dans les relations business-to-business entraînera une augmentation de la concurrence et une fragilisation inévitable de nombreux fournisseurs. La « désintermédiation », c’est-à-dire la disparition des maillons inutiles de la chaîne économique, est une conséquence théorique bien connue du passage à l’économie digitale, mais ce phénomène, à l’évidence destructeur d’emplois, est passé sous silence par les nouveaux convertis européens. Ils brandissent les résultats spectaculaires de l’économie américaine pour balayer toute interrogation, en omettant de préciser que ces résultats, notamment le faible taux de chômage, ne s’expliquent pas nécessairement par la seule magie du réseau. L’équation Internet=emploi est simpliste : il suffit pour s’en convaincre de constater que les trois quarts du commerce électronique mondial sont aux mains de cinq sociétés, et qu’ensemble, celles-ci ont créé moins de vingt mille postes de travail.

Le rapport Soete se lit aujourd’hui comme un catalogue de débats escamotés. A-t-on entendu un responsable de santé publique s’émouvoir des risques accrus d’obésité liés à la sédentarisation croissante de travailleurs cloués devant leur écran – et proposer une politique ad hoc ? La santé financière des Etats est aussi l’objet de menaces précises : le réseau favorise l’évasion fiscale, la dématérialisation de l’économie provoque une érosion de la base taxable, et la perception de la TVA n’est pas adaptée au commerce électronique. Un des remèdes possibles serait la création d’une « taxe au bit » - de même que la société industrielle taxe les automobilistes, la société de l’information taxerait les flux de données sur les autoroutes de l’information. On se doute que l’idée d’un impôt ne séduit pas les industriels. En avril 1997, le rapport final du groupe