Soete, soumis à d’amicales pressions, développe l’idée de la « bit tax »… dans une note de bas de page. Le 1er juillet, dans les jardins de la Maison Blanche, Bill Clinton proclame solennellement l’Internet « tax free ». Quelques jours plus tard, son conseiller spécial débarque à Bonn, où les ministres de 29 pays européens confèrent du bon usage des nouveaux réseaux. La délégation belge se démène en coulisses pour obtenir une mention de la « taxe au bit » dans la déclaration finale. En vain. Au printemps suivant, l’Organisation Mondiale du Commerce entérine, à l’essai, le principe d’une zone franche sur l’ensemble du réseau. 

Plus aucun expert ne conteste la pertinence économique, à court terme au moins, des choix découlant de l’application prioritaire d’une logique industrielle au développement du réseau. Beaucoup de débats occultés renaîtront inévitablement d’eux-mêmes : les Etats américains commencent par exemple à s’inquiéter de l’évaporation fiscale provoquée par le succès croissant du shopping virtuel. Cela n’empêche pas les démocrates de déplorer que la transition d’un Internet public à un Internet marchand ne se soit pas faite dans la transparence. Ils le regrettent pour le principe, mais surtout en fonction d’un certain nombre de conséquences prévisibles et fâcheuses. Maintenant que les entreprises ont les mains libres sur le réseau, la recherche du profit va dicter sa loi. Le secteur privé avance sur deux fronts contradictoires. D’un côté, il réclame avec énergie des lois qui protègent ses profits, par exemple le renforcement des règles en matière de protection de la propriété intellectuelle. En même temps, il s’oppose farouchement aux velléités de réglementation du cyberespace, en répétant que toute législation entraîne un coût et constitue donc un frein économique à la croissance de la société de l’information, condition sine qua non de la prospérité des générations futures. L’incohérence de ce discours d’enfant gâté - toutes les lois sont mauvaises sauf celles