qui sont bonnes
pour moi - prêterait presque à sourire, si elle ne s’accompagnait pas d’un
phénomène préoccupant. Pendant que les entreprises tiennent à distance le législateur,
elles fabriquent et imposent subrepticement leur propre loi, la loi du code.
Le code, au sens
strict, c’est le programme informatique, l’ensemble des instructions exécutées
par l’ordinateur. Au sens large, le concept décrit les contraintes inhérentes
à l’architecture de la machine. Plus l’informatique s’installe dans notre
vie quotidienne, plus nous sommes soumis au code. Ses préceptes semblent
souvent anodins, mais le code n’est jamais neutre. La palette du navigateur de
Netscape, une des matières premières du réseau, comprend par exemple 216
couleurs de base, dont une seule sorte de blanc. Ce choix semblera extrêmement
logique à la plupart des utilisateurs, mais terriblement réducteur au nord du
Cercle Polaire. Certains dialectes esquimau contiennent en effet plus de
quarante variantes du concept « neige »,
et autant de nuances de
blanc sous-jacentes, selon qu’il s’agit de désigner la couleur de la neige
fraîche, de la neige mouillée, de la neige durcie... Le « blanc Netscape »
ne permet pas facilement de rendre compte de cette diversité. L’Inuit qui
prend pied sur Internet laisse au vestiaire une partie de son patrimoine
culturel. Ainsi le veut l’arbitraire du code.
Prenons un
autre exemple, moins tiré par les cheveux. America Online est le premier
fournisseur de services en ligne de la planète.
Contrairement au fournisseur
d’accès qui se contente de raccorder l’internaute et le laisse se débrouiller
seul dans la jungle du réseau, le fournisseur de services propose à ses abonnés
un camp de base organisé. Les membres d’AOL ont à leur disposition des
espaces virtuels de rencontre et d’information structurés, où ils finissent
par se sentir « chez eux ». La formule séduit ceux que rebute
l’exploration des chemins mal balisés de l’Internet, et elle favorise le développement
du sentiment d’appartenance à une communauté. Ces deux