l’autre en
veillant au respect des règles. Les infractions sont punies d’un
avertissement. Le troisième avertissement entraîne la fermeture du compte,
l’équivalent de la peine de mort dans un monde virtuel. Ce jugement est sans
appel.
America Online
occupe une place grandissante dans l’existence de ses abonnés. En deux ans,
le temps moyen de connexion a triplé, pour atteindre à peu près une heure par
jour. AOL devient progressivement leur nouveau cadre de vie sociale. Or, le
contraste entre ce qu’on appellera peut-être un jour prochain « America
Offline », le modèle démocratique hérité des pères fondateurs de l’Amérique
réelle, et l’environnement totalitaire d’America Online est frappant.
Lorsqu’ils pénètrent sur les terres virtuelles d’AOL, les internautes
abandonnent, sans nécessairement s’en rendre compte, l’essentiel de leurs
droits constitutionnels. Au mépris du célèbre premier amendement - garant de
la liberté d’expression - AOL décide quels poèmes peuvent être publiés
sur son territoire. L’Etat virtuel interdit le commerce, sauf celui qu’il
organise lui-même. Les citoyens sont observés en permanence. Toutes leurs
activités sont enregistrées. Ils n’ont aucun contrôle sur ces données,
dont l’exploitation est confiée aux experts en marketing. L’Etat sait qui
discute avec qui, qui achète quoi. Il régit, sans consultation, les moindres détails
de la vie en commun. Et ce pouvoir absolu repose sur la maîtrise du code.
Il va de soi que personne n’est obligé d’adhérer à AOL. Les portes d’accès à l’Internet sont, pour l’instant, innombrables, et les options philosophiques des fournisseurs sont multiples. La rapidité des changements dans le secteur en fera peut-être demain un acteur insignifiant. Pour l’heure, son poids impressionne : 40 pour cent des Américains connectés utilisent ses services. AOL a des filiales sur tous les continents. Avant même le rachat du groupe Time-Warner, sa capitalisation boursière lui donnait le titre de numéro un mondial des médias, toutes catégories confondues. Par delà ces statistiques, et le cas particulier d’AOL, c’est le succès du modèle qui interpelle.