L’Internet anarchique des débuts cède progressivement le pas à l’Internet organisé. De nombreuses voix réclament un réseau mieux régulé. Le tapage fait autour de la découverte de circuits d’échange d’images à caractère pédophile et l’attirance du grand public pour la figure trouble du pirate informatique font gonfler ces attentes. Des outils apparaissent pour tenter d’y répondre. Ils étendent à l’ensemble de l’Internet les objectifs d’ordre et de contrôle mis en oeuvre chez AOL - et ils soulèvent des interrogations similaires.

Les logiciels de blocage font partie de ces nouveaux outils. Ils constituent une source sans fin d’anecdotes tragi-comiques. L’un d’entre eux supprime les mots interdits au fur et à mesure qu’il affiche à l’écran le contenu d’un site. « Le président Clinton s’oppose au mariage homosexuel » devient « Le président Clinton s’oppose au mariage ». Un autre empêche d’accéder à un groupe de discussion sur la grossesse - sans doute un dangereux repère de déviants sexuels. Un troisième bloque l’accès au site d’un magazine qui avait osé critiquer ses choix de filtrage. Contrairement au robot d’AOL, ces outils peuvent être activés ou désactivés par l’utilisateur. Mais il existe une volonté d’en généraliser l’usage. Les Emirats Arabes Unis ont installé un programme qui filtre toutes les données entrant ou sortant du pays. Le gouvernement australien force chaque nouvel internaute à faire l’acquisition d’un logiciel de blocage. Un peu partout dans le monde, les autorités en imposent l’usage dans les écoles ou les bibliothèques. Combien d’élèves et de lecteurs sont ainsi privés des leçons de « L’Alphabet d’Auschwitz », un cyberreportage sur l’Holocauste qui contient une description précise des violences sexuelles imposées aux victimes de la Shoah ?

En supposant qu’il se ravise sur ce cas précis, un ministre de l’Education, quel qu’il soit, sera bien en peine de programmer une exception. Le développement des outils de blocage n’est pas du ressort des Etats. Il se fait selon le principe de l’autorégulation, la seule forme de loi acceptée par l’industrie. Grâce à