de techniques
permettent d’affiner ces profils, certaines grossières (les faux sondages,
les offres gratuites piégées), d’autres nettement plus sophistiquées. Elles
opèrent souvent avec la complicité de codes abusifs. Les utilisateurs d’un
juke-box électronique distribué sur l’Internet ont par exemple appris avec
stupeur que le programme ne se contentait pas de jouer leurs morceaux favoris.
Il transmettait par le réseau une copie de leurs choix musicaux à une base de
données centrale dont ils ignoraient l’existence.
Le mobile
fondamental de cette chasse aux profils est économique. Les données
personnelles sont à la société de l’information ce que le charbon était à
la société industrielle. C’est la matière première qui fait tourner la
machine du commerce, en donnant aux vendeurs les moyens de repérer, puis de
traquer, les acheteurs potentiels de leurs produits. On appelle cela la vente
directe. Aux Etats-Unis, le marché de la vente directe est astronomique :
quarante mille milliards de francs belges par an. Trois mille de ces milliards
sont consacrés à l’acquisition de données sur les consommateurs. Certaines
informations sont particulièrement recherchées : les goûts musicaux
d’un mélomane fortuné vaudraient plus d’un millier de francs belges.
La collecte de données est l’activité principale des sites commerciaux sur l’Internet. Nonante-deux pour-cent d’entre eux recueillent des éléments d’information sur leurs visiteurs. Ce moissonnage permanent est, avec le cybersexe, une des rares industries virtuelles prospères. Elle est d’autant plus vitale pour l’avenir du réseau que l’immense majorité des entreprises en ligne sont déficitaires. Cet îlot de profit aide à justifier un océan de pertes. Idéalement, la pratique profite aussi à l’internaute qui troque un peu d’information contre un meilleur service. Mais le degré de transparence de la méthode utilisée pour la récolte des données - autrement dit : le caractère plus ou moins mensonger du code - détermine s’il s’agit d’un échange économique équilibré entre partenaires consentants, ou d’un viol sordide de la vie privée. Avertissons les âmes