sensibles : celui qui s’aventure de nos jours sur les bas-côtés des autoroutes de l’information a tôt fait d’y croiser un bataillon de figures patibulaires. 

L’usage abusif du code à des fins d’observation discrète du réseau n’est pas l’apanage des marchands. Les forces de l’ordre partagent un souci similaire - et un même goût pour les astuces de programmation. Le mystère dont les autorités policières et judiciaires s’entourent dans ces matières suscite parfois l’énervement des démocrates. Celui qui serait passé à proximité de l’hémicycle du Parlement européen l’après-midi du 6 mai 1999, un peu avant l’heure de l’apéritif, aurait dressé l’oreille en percevant les hauts cris d’une eurodéputée irlandaise. « Il est très perturbant qu’un sujet comme celui-ci soit discuté un jeudi soir, devant très peu de monde, en sachant que le vote a lieu demain matin, et qu’il n’y a pas eu de débat devant les Parlements nationaux. »  

Patricia McKenna s’époumonait en vain. Les députés présents ne comprenaient pas son agacement. Ils n’étaient de toute façon qu’une poignée en séance, pas de quoi monter une rébellion des élus du peuple d’Europe. Le jeudi après-midi, la veille de la veille du week end, est rarement un moment de grande affluence au parlement de Strasbourg. Le mois de mai, en pleine saison des asperges, n’est pas non plus le plus propice à la discussion de dossiers techniquement indigestes. Et ce mois de mai-là était un peu particulier : à quelques semaines des élections, beaucoup de députés battaient déjà campagne. Bref, si « on » avait cherché un coin d’ombre dans l’horaire du Parlement pour y escamoter un débat, « on » aurait difficilement pu trouver mieux que cette avant-soirée. La confection des agendas parlementaires est une science occulte qui se prête mal aux conclusions définitives, mais Patricia McKenna n’était pas loin de penser qu’il y avait là comme un fait exprès.  

De quoi le Parlement ne pouvait-il pas parler ? D’un petit bout de texte étendant à l’Internet les principes de surveillance en vigueur pour le téléphone et les moyens classiques de