télécommunication.
Le Conseil, l’institution qui parle au nom des gouvernements européens,
soumettait le texte à l’approbation du Parlement, l’institution qui représente
les citoyens de l’Union. Patricia McKenna expliqua que la commission juridique
du Parlement rejetait le texte du Conseil, qu’elle jugeait dangereux pour les
libertés individuelles. Hélas ! le rapporteur de la commission juridique
n’était pas là. Trois députés s’exprimèrent brièvement en faveur du
projet, puis vint l’heure de l’apéritif. Le lendemain, le texte du Conseil
fut adopté sans autre forme de procès. Le même Parlement européen avait
pourtant découvert quelques mois plus tôt un rapport hallucinant sur
l’ubiquité et la sophistication grandissante de la surveillance électronique.
Imaginez un réseau d’espionnage global capable d’intercepter et
d’analyser chaque conversation téléphonique, chaque fax, chaque e-mail envoyé
sur la planète. N’imaginez plus, le système existe déjà.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne écoutent ensemble les communications des puissances de l’Axe. La guerre terminée, ils décident de poursuivre leur collaboration et demandent au Canada, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande de tendre l’oreille avec eux. Ce club anglo-saxon s’intéresse en priorité à l’Union Soviétique et à ses partenaires, mais les télégrammes de la diplomatie française, entre autres, font aussi ses choux gras. Le système repose sur un éventail impressionnant de moyens d’interception : des antennes au sol, des satellites dans le ciel, et un sous-marin qui se balade au fond des mers et colle une sorte de stéthoscope sur les câbles transatlantiques. Dans les années 70, le volume des communications internationales explose. Les oreilles humaines ne savent plus où donner de la tête. La relève s’appelle ECHELON, un système de tri automatique des interceptions sur base d’une liste de mots-clés. Chaque ordinateur du système passe au crible cinquante millions de communications par jour. Nonante-neuf pour-cent sont écartées d’emblée. Parmi les messages restant, cinq cents sont soumis à une analyse humaine. Une cinquantaine d’informations