utiles sont
finalement retenues : conversations de terroristes, courriers d’ONG
subversives, bavardages diplomatiques ou tuyaux commerciaux destinés aux
multinationales amies.
La fiabilité de
cette surveillance fait l’objet d’appréciations contrastées. Malgré les
milliards de dollars investis, certains experts doutent que le système soit très
au point. Il peut toutefois se targuer de quelques beaux succès. La stratégie
de la France pendant la phase décisive des négociations du GATT n’avait pas
de secret pour Washington : les grandes oreilles américaines ne perdaient
rien des propos échangés entre l’avion du ministre Juppé et son cabinet.
Quant au consortium Airbus, qui se demandait pourquoi Boeing lui avait soufflé
in extremis une grosse commande de l’Arabie Saoudite, il a fini par comprendre :
son concurrent américain avait reçu copie de tous les fax échangés entre le
constructeur européen et le gouvernement saoudien.
Il a fallu un
nouveau rapport du Parlement et une tempête médiatique en Europe en février
2000 qu'ECHELON sorte de l'ombre. Officiellement
ECHELON n’existait pas. Ni Washington, ni Londres n’acceptent d’aborder la
question. Secret défense. Mais des aveux implicites de l’Australie et de la
Nouvelle-Zélande, ainsi qu’une avalanche de témoignages et de faits
concordants ne laissent pas de place au doute. Les Européens sont d’autant
plus embarrassés qu’un des leurs figure au premier rang des conjurés. Les
responsables de l’Union évitent le sujet, comme s’il s’agissait d’une
maladie honteuse. Ils répondent aux interpellations des parlementaires en
termes évasifs, à l’abri du conditionnel. « Si le système existait,
tel que décrit, il s’agirait effectivement d’une violation des droits
individuels du citoyen et d’une atteinte à la sécurité des Etats-membres » :
la Commission européenne n’ira pas plus loin dans l’indignation. Cette
prudence de l’Europe cache peut-être un rapprochement discret avec les
partenaires d’ECHELON.
Le texte qui suscitait l’ire de la députée
irlandaise s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie de surveillance propre
à l’Europe, mais manifestement coordonnée avec l’initiative anglo-saxonne.
Grand Frère,