Grosser Bruder et Fratello Maggiore… la famille Big Brother s’agrandit en coulisses.   

On s’éloigne de l’Internet ? Pas vraiment. Le déplacement massif des communications vers le réseau des réseaux est un soulagement pour les « plombiers » d’ECHELON. Un courrier électronique est beaucoup plus simple à traiter qu’un coup de téléphone. Il le restera aussi longtemps que les algorithmes de conversion automatique de la voix en texte ne seront pas parfaitement fiables. Certaines évolutions technologiques posent des problèmes d’interception complexes. Les fibres optiques, par exemple, ne se prêtent pas facilement à la pose de mouchards. L’Internet, en revanche, c’est du pain béni. On se rappellera que le réseau a été construit avec des budgets militaires et sous la supervision du Pentagone. Un des objectifs sous-jacents était de bâtir une architecture de communication capable de résister à une attaque nucléaire. La solution retenue fut de prévoir une multitude de chemins possibles entre deux points du réseau. Si la ligne entre Bruxelles et Paris ne répond pas, les messages vont de Bruxelles à Helsinki, puis d’Helsinki à Paris. Ou de Bruxelles à Milan, de Milan à New York, de New York à Londres et de Londres à Paris. Ces détours sont imperceptibles puisque chaque escale n’ajoute que quelques dixièmes de secondes à la durée du trajet.  

Le principe n’a jamais pu être testé dans un conflit militaire, mais il démontre en permanence son utilité dans la gestion intelligente du trafic de l’Internet : les données sont automatiquement déviées vers les voies les moins encombrées. Le décalage horaire entre l’Europe et les Etats-Unis joue un rôle dans ce routage. Un courrier électronique envoyé le matin de Liège à Charleroi fera parfois le tour du monde en une seconde pour profiter des boulevards libérés par le sommeil des internautes américains. Le plus court chemin entre deux ordinateurs n’est à peu près jamais la ligne droite. Et la géographie du réseau est riche en faux-semblants :