beaucoup de sites
européens sont hébergés sur des ordinateurs situés physiquement en
Californie.
Le visiteur européen
franchit donc constamment l’Atlantique, d’un click, sans s’en rendre
compte. Le point d’entrée est un immeuble de verre situé à Vienna, sur la côte
est des Etats-Unis. Trois pièces de ce bâtiment anonyme abritent une forêt de
boites et de câbles. C’est le principal carrefour de la planète Internet -
subtilement baptisé MAE-East. Nonante pour-cent des bits échangés entre l’Europe
et les Etats-Unis font le détour par ces trois pièces, l’équivalent d’une
douane électronique. Et c’est bien d’un poste de contrôle qu’il
s’agit. Vienna se trouve à quelques kilomètres du siège du Pentagone. Cette
localisation ne doit rien au hasard. Le pedigree du staff technique de MAE-East
est révélateur : on y trouve deux anciens G-I et un ex-policier de
l’Etat de Virginie.
MAE-East et sa sœur de Californie, MAE-West, ainsi que
sept autres points de transit majeurs aux Etats-Unis, sont sous écoute
permanente. L’équivalent de cent mille pages de courrier électronique
passent chaque seconde sous les appareils « renifleurs » de la NSA,
l’Agence Nationale de Sécurité. Une mine d’or.
La NSA est le maître d’œuvre d’ECHELON. L’Agence est un Etat dans l’Etat, créé par un ordre confidentiel du président Truman en 1952. Son existence a longtemps été tenue secrète. Toute révélation publique sur la NSA est un crime aux yeux de la loi américaine. On murmure que la NSA serait le plus gros employeur de mathématiciens au monde, et le plus gros acheteur de matériel informatique, mais aujourd’hui encore ni son budget, ni le nombre de ses collaborateurs n’est connu avec précision - ils seraient plusieurs dizaines de milliers, peut-être deux cent mille. Leur mission : écouter la planète. Les informations recueillies par l’Agence ont aidé la Maison Blanche à gagner la guerre froide. Mais son crédit a souffert récemment de quelques ratés spectaculaires, notamment lorsque le premier essai nucléaire de l’Inde prit Washington par surprise. La NSA n’avait rien entendu venir. Explication du bide : l’utilisation par les ingénieurs indiens d’un système de communications cryptées du dernier cri. Les progrès spectaculaires de la cryptographie