donnent des sueurs froides aux « plombiers ». Après avoir été longtemps à leur service exclusif, la technologie est en passe de changer de camp. La NSA cherche frénétiquement une parade. La survie de son incroyable monopole sur la transparence des communications en dépend.  

Le grain de sable dans la mécanique bien huilée des écoutes apparaît en novembre 1976, avec la parution d’un article révolutionnaire. L’informaticien Whitfield Diffie et l’ingénieur Martin Hellman ont trouvé le moyen de transmettre un message codé - et de le rendre compréhensible à son destinataire - sans devoir communiquer en parallèle la clé qui permet de le décoder. Le transport de la clé est le talon d’Achille de toute méthode de chiffrement. La cryptographie à clé publique imaginée par Diffie et Hellman résout le problème. L’ère digitale a trouvé son encre invisible. Qui plus est, la publication au grand jour des détails de la découverte fait passer la cryptographie du domaine réservé des gouvernements au domaine public.  

Au début des années 90, Philip Zimmerman, un informaticien passionné par les questions de protection de la vie privée, incorpore les principes de Diffie et Hellman dans un petit logiciel qu’il baptise PGP. Pretty Good Privacy - « intimité acceptable » - permet le cryptage du courrier électronique. Le programme est distribué gratuitement sur l’Internet. Monsieur Tout-le-Monde dispose désormais d’un outil de confidentialité digne des services secrets d’une grande puissance. La NSA est consternée. Elle tente d’envoyer Zimmerman en prison. En vain. Elle fait pression pour qu’on impose par la loi la présence d’une puce de décodage dans tous les ordinateurs. Sans succès. Elle suggère alors la création d’un système de dépôt obligatoire des clés. L’utilisateur d’un programme de codage devrait fournir une copie de sa clé de cryptage à un organisme de confiance. Les autorités judiciaires et policières pourraient consulter cette copie en cas de besoin. Malgré une offensive diplomatique planétaire de longue haleine du gouvernement américain, l’idée ne semble pas susceptible de se concrétiser un jour.