« J’ai rien fait. Personne m’a vu. Vous pourrez rien prouver. » Bart Simpson

Arrivé ce stade, le lecteur est en droit de réclamer quelques explications sur l’intrigante citation placée en exergue du livre. Un premier ministre avouant qu’il ment en permanence à la presse ? Bien sûr, c’était dit sur le ton de la plaisanterie, un verre à la main, en trinquant tard le soir dans une capitale étrangère à la santé de quelques journalistes étonnés de l’entendre soutenir un propos parfaitement contradictoire avec celui qu’il leur avait tenu le matin même. Une boutade, assurément, protégée de surcroît par le contexte implicite du off the record, cette technique astucieuse qui permet aux responsables politiques de dire des choses sans devoir les assumer, et aux journalistes dépositaires d’un petit secret de partager un instant l’intimité grisante du pouvoir.

Une boutade, donc, quoique… Un observateur extérieur et à jeun aurait sans doute insisté. Il y avait indéniablement, dans le décalage entre les discours du matin et du soir, quelque chose de l’ordre de la carabistouille ; l’écarter d’un éclat de rire sous le couvert d’une conversation informelle ne faisait que rajouter un élément de tromperie, et un malaise supplémentaire. Mais la mise en scène de ces briefings exclut la présence d’observateurs extérieurs ou à jeun, et les happy few conviés à partager le whisky gouvernemental riaient eux aussi de bon cœur. S’étonner davantage de l’explication évasive du premier ministre eut semblé incongru. A la cour du pouvoir, nul n’est censé être dupe du jeu et de ses règles. Une relation sophistiquée à la notion de vérité en fait partie intégrante, et sans doute est-ce la cas depuis que l’homme s’est mis en tête d’organiser la vie en société.