Il serait malhonnête
de stigmatiser un homme de pouvoir plutôt qu’un autre. Le successeur de ce
premier ministre n’était pas encore officiellement entré en fonction qu’il
surprenait à son tour les journalistes à la sortie d’un rendez-vous
politiquement délicat, en faisant de cette rencontre un compte-rendu
incompatible avec le résumé présenté par son interlocuteur. Quelques chefs
d’Etat sont de notoriété publique de flamboyants Pinnochio. Un président de
la République Française certifia un jour à des journalistes belges qu’il
n’avait pas eu avec leur premier ministre la conversation que celui-ci venait
pourtant de leur décrire en détail.
Deux exemples
encore, pour souligner que le déficit en transparence est plus large que
beaucoup d’observateurs distraits ne l’imaginent. On a pu voir un monarque
européen, confronté à la révélation tardive d’une progéniture adultérine,
faire publier un communiqué discréditant l’information, rabaissée au rang
de « ragots ». Savait-on qu’en même temps ses conseillers (au
moins un conseiller) sondaient discrètement la presse (au moins un journaliste)
pour savoir s’il ne serait pas plus opportun d’avouer ? Ce que le
souverain en question finit par faire, à demi-mots, quelques mois plus tard, démontrant
par la même combien la maîtrise de l’ambiguïté est une compétence
essentielle à l’exercice du pouvoir. Enfin, j’entends encore ce président
d’un parti dont le partenaire gouvernemental était empêtré dans une affaire
de dessous de table liés à des achats militaires, confier à la sortie d’une
émission de télévision que « ce serait bien la première fois qu’on
verrait une commande militaire sans pots-de-vin ! » Propos de couloir
au statut ambigu, entre confession naïve et saillie cynique, mais sans nul
doute susceptible de nourrir le zèle investigateur d’une rédaction au détriment
d’un parti concurrent, et vraisemblablement produit à cet effet. Il va sans
dire que, devant les caméras, le président de parti en question s’était
bien gardé d’adopter une approche aussi candide des pratiques de corruption,
et de leur banalité.
Il vient un moment dans la vie d’un journaliste où le contact quotidien de ces demi-vérités amène à penser qu’une