loi non écrite conditionne l’accès à de hautes fonctions à une gestion décomplexée du rapport au vrai - et qu’au plus décomplexé le rapport, aux plus hautes seront les fonctions. Le propos est difficile à soutenir : soit on l’échafaude à partir d’exemples particuliers, et on encourt le risque d’une disqualification facile au nom des généralisations hasardeuses, soit on lui donne un caractère absolu, et on s’entend rappeler avec raison que tout ce qui est excessif est insignifiant. De toute façon, quand ce moment arrive, le journaliste est en général devenu homme de pouvoir lui-même, et prisonnier de ses règles.

Il n’empêche : le monde ne tourne pas comme on l’enseigne dans les écoles, et on souffre souvent à contempler la naïveté de ceux qui en sont restés aux schémas manichéens des bons Pères. Pourquoi, par exemple, pour s’éloigner un peu du champ politique, s’acharner à ne pas admettre que le crime paye ? Sur 100 méfaits commis aux Etats-Unis, les statistiques rapportent que 33 sont dénoncés. De ces 33, six amènent une arrestation et des poursuites. La moitié déboucheront sur une condamnation, les autres prévenus étant jugés innocents, ou libérés faute de preuve. Des trois condamnés, un se retrouve en prison, et deux bénéficient du sursis. Constater que la malhonnêteté est statistiquement mieux récompensée que l’honnêteté ne revient pas à encourager les comportements déviants ; au contraire, c’est chercher une base fiable à une démarche de progrès. La malhonnêteté consiste, en revanche, à prêcher l’honnêteté, comme si de rien n’était.

Le monde n’a pas vraiment changé depuis Machiavel : la politique, revenons-y, reste l’art de conquérir le pouvoir et de le conserver. Le mensonge originel est le refus d’admettre cette évidence. Les airs désintéressés qu’affectent de prendre, génération après génération, les « nouveaux » candidats au pouvoir reposent sur un malentendu. Une vocation généreuse n’est pas le prérequis à une action politique efficace. Le système démocratique veille à faire converger les intérêts particuliers des gouvernants et l’intérêt général de la population. Le gestionnaire communal qui programme à son avantage une amélioration