de la voirie ne
manquera pas de faire refaire aussi les trottoirs de ses voisins s’il veut
conserver une chance d’être réélu. De ce point de vue, la démocratie sera
d’autant plus efficace qu’elle partira d’un point de départ lucide.
Le savoir est la clé
du pouvoir. C’était déjà vrai au temps des pyramides, ce l’est a fortiori
dans une société dite de l’information. Dans la course au pouvoir,
l’avantage comparatif repose sur la constitution d’un savoir exclusif.
Informer, c’est inévitablement compromettre cet avantage, et mettre en péril
sa parcelle de pouvoir. Depuis les pharaons le discours politique est, par nécessité,
un babil dont la pertinence se mesure en rapport inverse à la volubilité. Ce
dont on ne peut parler, il faut - une fois de plus – le taire. Si la nécessité
demeure, les techniques s’adaptent. La langue de bois, dans son acception
« classique », n’est plus guère pratiquée dans nos contrées.
Les circonlocutions et les circonvolutions font sourire. Nous serions entrés
dans l’époque de la communication. Dénomination ô combien équivoque !
Il serait plus juste de saluer l’avènement de l’ère de la dissimulation.
Cette discipline nouvelle emprunte son principe actif à la langue de bois classique. La dissimulation s’attèle à la production d’énoncés infalsifiables (au sens où Karl Popper entendait le mot : la psychanalyse est infalsifiable, et donc de peu de valeur, puisqu’il est impossible de démontrer le contraire d’une théorie de Freud ou de Lacan). Les énoncés infalsifiables permettent de se débarrasser de l’encombrant binôme vérité/mensonge. Le spécialiste en dissimulation se reconnaît d’abord au soin qu’ils prend à se dissimuler lui-même. Il endosse l’habit de communicateur, et pose sur la photo à côté du préposé à l’information, un proche cousin en apparence - en réalité l’adversaire à mater. « Il faut réfléchir à cette notion de transparence… » explique à ses collègues un porte-parole de la Commission Européenne dans une note de stratégie qui aurait du rester confidentielle, « …ne pas être obnubilé par cette notion, ne pas chercher à être plus catholique