que le pape. Une
dose de cynisme –et parfois d’hypocrisie – dans la manière de diffuser
l’information est parfois nécessaire. »
Cynisme et hypocrisie…
L’artiste dissimulateur aseptise en sous-main le discours politique. Ainsi ce
ministre de la Défense interrogé sur une somme d’argent mystérieusement
apparue sur un compte bancaire étranger, et qui avait pour chaque question une
seule réponse : « Une chose est sûre : je veux la clarté ».
Ou ce nouveau premier ministre prié d’expliquer pourquoi plusieurs membres de
son gouvernement se contredisaient en rafale : « Lorsqu’on fait le
ménage dans une maison pleine de poussières, il est normal d’éternuer de
temps en temps. » Certes, mais encore ?
« Le
journaliste est moins un récepteur de vérités qu’un catalyseur de mensonges »
écrivait déjà l’éditorialiste français Jean-François Kahn dans les années
80, lorsque les sociologues commençaient à s’inquiéter des effets pervers
de l’Etat-spectacle. Les stratégies des metteurs en scène n’ont cessé de
se perfectionner depuis lors. Il n’est pas anodin que Bill Clinton, Tony
Blair, Gerard Schröder et Ehud Barak aient été portés au pouvoir par un seul
et même expert, l’américain James Carville. L’insistance sur l’image, au
détriment de la substance, est le premier conseil du guru en dissimulation :
la grammaire du non-verbal est équivoque, l’image toujours ambiguë, le
sourire par essence infalsifiable. La course vers le centre idéologique
participe de la même logique. Le centre est un lieu sans aspérités, sans
contradiction possible, où tout est un peu vrai, et le contraire de tout aussi.
On a choisi l’exemple du discours politique et on a peut-être eu tort. Le pouvoir, aujourd’hui, n’est-il pas d’abord économique ? Dans ce secteur, la dissimulation règne en maître. Karel van Wolferen, auteur d’un livre extraordinaire sur le pouvoir au Japon, explique que ce que dit un Japonais n’a aucune importance. L’important c’est ce qu’il ne dit pas ; le sens de son message se devine en creux. La « communication d’entreprise » généralise le principe à l’ensemble de la planète. Lorsqu’un opérateur de télécommunications décide