d’augmenter ses
prix, il convoque une conférence de presse pour annoncer une baisse.
Voilà le contexte
dans lequel apparaît l’Internet et sa promesse de plus grande transparence :
il y a du boulot ! Promesse de transparence ? L’usage
subversif des nouvelles technologies de la communication est une tradition
pluriséculaire : la presse de Gutenberg a servi le soulèvement des
paysans allemands, la télévision a favorisé le renversement du régime
Ceaucescu, la télécopie est indissociable du mouvement des étudiants chinois
en 1989… Une aspiration démocratique
accompagne toujours la naissance d’un nouveau média. Le réseau échappe
d’autant moins à la règle qu’il représente l’aboutissement d’un
processus continu d’accélération qui a produit des résultats tangibles.
« L’Histoire a connu de nombreux cas de mensonges politiques, mais la
plupart de ces tromperies n’ont été révélées que de nombreuses années
plus tard. Grâce aux progrès des médias ces vingt-cinq dernières années,
les citoyens peuvent aujourd’hui se rendre compte du mensonge quand il se
produit » constatait déjà il y a vingt ans un psychosociologue américain. La
circulation instantanée de l’information et le don d’ubiquité du réseau
condamnent théoriquement le mensonge contemporain à une carrière de plus en
plus courte.
A ces atouts
techniques, vitesse et ubiquité, le réseau ajoute un avantage économique. Il
offre un modèle de production différent, radicalement différent - et cette
radicalité fonde sa prétention révolutionnaire. Le coût d’émission d’un
message est nul/négligeable ; son audience potentielle est infinie/illimitée.
De ce point de vue, l’Internet est le moyen de communication démocratique par
excellence, et il n’est pas étonnant que les exclus des médias traditionnels
aient été les premiers à s’en saisir. Les exemples abondent : le réseau
accueille pêle-mêle le gouvernement tibétain en exil, un journal biélorusse
interdit, les confidences des agents du Mossad, les archives des anciens de Tien
An Men, la radio-libre des opposants yougoslaves… L’Internet est
aujourd’hui le rendez-vous obligé des sans-voix.