effet que le nouveau venu s’émancipe, qu’il acquière une force autonome, indépendamment, voire contre les médias en place. L’exemple le plus saisissant est celui d’un autre justicier californien, Luke Ford, le Matt Drudge du porno. Luke Ford partage son existence entre deux obsessions : le cinéma pour adultes et la défense de la tradition judaïque. Poussé par un zèle purificateur, il rapporte chaque jour sur Internet les bruits de couloir de l’industrie du X. Autant d’anecdotes sordides, autant de péchés dénoncés. L’establishment rose n’apprécie guère les leçons du trouble-fête. Le mensuel Adult Video News, la Bible hégémonique et complaisante de la profession, le voue aux flammes de l’enfer. En avril 1998, Luke Ford annonce sur son site la séropositivité d’un acteur de premier plan. L’intéressé exige, et obtient la publication d’un démenti. Mais plusieurs de ses partenaires découvrent qu’elles sont porteuses du virus. Et la star incriminée est forcée d’accepter un test : positif. Le petit monde du X est sous le choc. Le système de contrôle médical est renforcé. L’association des producteurs décide d’imposer le préservatif sur les plateaux de tournage. Luke Ford et son ordinateur deviennent une source incontournable, le nouveau média de référence du secteur. Avec les revenus publicitaires de son site, Ford envisage d’engager un assistant. Le début d’un empire ? Difficilement. Adult Video News n’a rien à craindre dans l’immédiat. Le chiffre d’affaires de lukeford.com ne dépasse pas mille dollars par semaine, c’est-à-dire un millième de pour-cent du produit hebdomadaire de l’industrie.  

Matt Drudge et Luke Ford ont des émules aux quatre coins du cyberespace. Le journaliste Jean Nicolas, en croisade permanente contre les errements des institutions européennes, est un cousin de Bruxelles. Son titre de gloire est d’avoir été l’un des premiers à dénoncer les turpitudes de la Commission Santer. Mais son style sans nuances, et ses propres errements, en ont fait un paria de la presse européenne.    

Drudge, Ford et Nicolas partagent une même méthode : leur activité principale est l’amplification de rumeurs. Elle repose, au