moins
implicitement, sur le principe nauséabond qu’il n’y a pas de fumée sans
feu. Il serait audacieux d’y voir le fondement d’un nouveau journalisme.
Sauf si, comme Luke Ford, on s’inscrit dans une perspective de guerre sainte
et si, comme lui, on estime que la fin justifie les moyens, et que de fréquentes
erreurs, qu’il reconnaît volontiers, sont le prix inévitable à payer pour
progresser sur la voie de la transparence. « Le porno est une industrie
construite sur le mensonge. La plupart des gens utilisent un faux nom (…)
C’est un métier de voyoux, de bandits, de gansters, de mafiosi, de
proxénètes, de prostitué(e)s (...) Il
est très difficile d’accéder à la vérité, et c’est une travail sans
fin. » A lire certaines diatribes de Jean Nicolas, il n’est pas interdit
de penser qu’il tiendrait un raisonnement parallèle à propos des
institutions européennes. Mais ces deux « révolutionnaires » ne
paraissent pas incarner un courant majoritaire, ou susceptible de le devenir, ne
serait-ce qu’en raison de l’hostilité et du poids des acteurs traditionnels
qui les entourent. Pour l’heure, le nouveau média reste sous la coupe de ses
aînés.
Si révolution il y
a, il faut la chercher d’un autre côté. Internet n’est pas seulement un
porte-voix puissant et bon marché. C’est une plate-forme d’interaction inédite.
Cette caractéristique-là semble davantage annonciatrice de changement, peut-être
précisément parce qu’à l’inverse des courriers des lecteurs, questions
des auditeurs et autres figures habituelles de l’interactivité médiatique,
l’interaction du réseau se fait à l’écart des médias traditionnels.
Pour situer le contexte de l’hypothétique révolution, un retour en arrière est utile. Derrière la description de l’univers totalitaire du 1984 de Georges Orwell, on retrouve la trace des travaux du philosophe allemand Theodor Adorno. Très marqué par un long séjour aux Etats-Unis dans les années 40, il prédit que la radio (et plus tard la télévision) produira une homogénéisation générale de la société. Le matraquage de slogans et la reproduction de visions stéréotypées du monde permettront aux gouvernants d’exercer un contrôle étendu