sur le citoyen. Une
frange radicale estime que ce lavage de cerveau permanent est aujourd’hui en
place. Les médias de masse seraient cosignataires de la pensée unique et
copropriétaires de la World Company. Dans ce schéma concentrationnaire, les
communicateurs sont forcément complices, surtout s’ils s’en défendent.
Qu’ils ignorent, de bonne foi, leur rôle d’engrenage, ne serait qu’une
preuve supplémentaire de l’efficacité des mécanismes d’endoctrinement, et
de leur caractère pernicieux.
L’inconfort de la
position a, littéralement, sauté aux yeux des journalistes présents à
Seattle en novembre 99, et contraints d’affronter en même temps les gaz
lacrymogènes de la police locale et les regards soupçonneux des groupes
anarchistes qui emmenaient la fronde contre l’Organisation Mondiale du
Commerce. Les manifestants de Seattle voyaient dans l’OMC l’incarnation du
système à vocation hégémonique, une pieuvre aux tentacules économiques,
politiques et médiatiques. Paradoxalement, l’issue de « la mère de
toutes les batailles » donne plutôt des arguments à ceux qui pensent
qu’un tel système n’existe qu’à l’état de fantasme. Les anti-OMC ont
prouvé que leur monstre n’était pas invincible. Ils l’ont forcé à un
temps d’arrêt. Mieux : à un examen de conscience approfondi.
Imagine-t-on Big Brother acceptant un rendez-vous chez le psychanalyste ?
David a terrassé Goliath. Dans la Bible, on y verrait un miracle ; dans le
monde réel, on en déduira plutôt que Goliath était moins fringant qu’on ne
le supposait.
A moins que le
miracle ne s’appelle Internet. Au lendemain de Seattle, les analystes ont
souligné le rôle central du réseau dans l’organisation de la guérilla.
C’est lui qui a mis en contact les opposants de dizaines de pays, coordonné
la logistique, unifié les mots d’ordre, propagé les techniques de désobéissance
civile.
Dans les coulisses de la résistance, l’ambiance de communion universelle évoquait irrésistiblement Woodstock et mai 68. Marshall McLuhan ne se serait pas senti dépaysé en