économiques révolutionnaires du réseau, où une photo
digitale et quelques francs d’espace de stockage informatique remplacent
l’impression et l’envoi d’un catalogue en quadrichromie à des millions
d’exemplaires. Le potentiel de déstabilisation des marchands enracinés est
étourdissant, et des constats semblables à celui-là alimentent un discours généreux
qui présente l’Internet comme l’occasion d’un nouveau départ pour tous
les damnés de la Terre.
Hélas ! cette vision romantique cadre mal avec la réalité
des faits. A ce jour, aucune entreprise africaine n’a réussi à profiter du
tremplin de l’Internet pour s’imposer sur la scène globale. Partout où de
nouveaux acteurs apparaissent, la confrontation avec les acteurs établis débouche
plus souvent sur un armistice rapide que sur une guerre de tranchées. Les
salles de vente virtuelles s’unissent aux maisons de ventes aux enchères
traditionnelles. Les grands établissements financiers s’associent aux petites
officines virtuelles et bâtissent à la hâte de larges façades électroniques.
Fusions, acquisitions et rapprochements menacent d’étouffer dans l’œuf une
dynamique novatrice. Lorsque America Online, colosse du nouveau média, pactise
avec Time-Warner, géant du vieux média, l’un renonce à produire du contenu
et l’autre à une ambition autonome dans le cyberespace. La conséquence
pratique est une réduction de la concurrence. Le bouillonnement induit par la
nouvelle technologie tourne court. Dans la plupart des secteurs économiques,
passé un premier moment de surprise, les pouvoirs en place récupèrent à leur
avantage les atouts du réseau, puis s’en servent pour étendre un peu plus
leur toile. Le résultat est paradoxal : Internet, au lieu de redistribuer
les cartes, conforte les rapports de force existant. Si les bijoux d’Oumou Sy
sortent un jour de l’anonymat il y a gros à parier que c’est Cartier qui
rachètera le grenier du Metissacana, et pas l’inverse.
Le réseau ne débouchera sur une plus grande justice économique que s’il produit davantage de décentralisation que de centralisation. Or deux puissants mécanismes de concentration