cessé d’investir en se diversifiant dans le disque, la vente aux enchères, l’électroménager, le jouet… La valeur boursière colossale d’Amazon lui permettrait aujourd’hui théoriquement de racheter les trois premières banques belges, un résultat paradoxal pour une entreprise qui n’a pas encore fait un dollar de bénéfice !

Ainsi va la nouvelle économie, au mépris des lois qui condamnent pourtant universellement les pratiques de dumping. La vente à perte permet à ceux qui ont les poches les plus profondes d’imposer leur loi. Une fois le terrain conquis, les bonnes affaires disparaissent rapidement. La différence entre la gratuité consubstantielle des logiciels ouverts et la gratuité calculée des produits commerciaux apparaît alors au grand jour. Il y a quelques années Microsoft offrait à tout acheteur de sa suite logicielle Office un téléphone portable d’une valeur a peu près équivalente au montant de la facture. Comme au poker, les concurrents ont été incapables de suivre, et ils ont disparu les uns après les autres. Aujourd’hui la rente de monopole a remplacé le prix d’appel : l’acheteur d’Office paye le programme à peu près aussi cher que l’ordinateur sur lequel il tourne. De la même façon, la décision de l’encyclopédie Britannica d’offrir son contenu sur le Web a été accueillie comme un don du ciel, mais il faut être naïf pour croire que cette stratégie généreuse durera au-delà du temps nécessaire à faire rendre gorge à la concurrence.

Le nouveau monde virtuel concrétise un fantasme d’économiste. Le cyberespace est un espace vierge, l’équivalent du modèle de concurrence parfaite rêvé dans les manuels d’économie. Il est fascinant d’observer la théorie économique en action sur cette page blanche. Prenons le principe des économies d’échelles. Combien y aura-t-il de librairies virtuelles demain sur la planète ? Dans une échoppe électronique, le sourire de la crémière et la facilité du parking importent peu : le prix de vente est l’élément déterminant du choix du client. D’où la course effrénée au gigantisme, car le plus gros libraire,