par exemple, bénéficiera inévitablement des meilleures
conditions chez les éditeurs. On voit mal comment un « petit »
libraire électronique de quartier pourra survivre longtemps à cette logique
implacable, surtout lorsque la dématérialisation de l’objet livre l’aura
privé de son seul avantage concurrentiel – un coût de transport réduit.
Quant aux possibilités inédites de différenciation
offertes par le nouveau média, elles ont pour principal effet de renforcer
cette prime à la taille. Plusieurs librairies virtuelles permettent, par
exemple, aux lecteurs de se transformer en critiques littéraires : leurs
compte-rendus, éventuellement complétés des réactions de l’auteur, sont
publiés en marge du catalogue. Il va de soi que la librairie la plus visitée bénéficiera
du plus grand nombre de commentaires, et que cette abondance générera à son
tour de nouvelles visites. L’exemple du livre peut être étendu à
l’ensemble de la distribution électronique. Tout indique qu’il n’y aura
pas place demain pour de petites agences de voyage virtuelles, de petites
maisons de vente aux enchères, de petits fleuristes… Small is beautiful, but
big is profitable.
Qui plus est, l’abolition des distances physiques, et le coût dérisoire de « construction » dans le cyberespace conduisent à la disparition des frontières traditionnelles entre les différents métiers. A l’approche des fêtes, le libraire Amazon s’est empressé d’ajouter un étalage de jouets à sa vitrine électronique. Une synergie évidente, qui tire profit du passage quotidien de millions d’internautes, et qui en annonce d’autres. Les librairies ne sont-elles pas, par exemple, des lieux de rencontre privilégiés ? L’extraordinaire connaissance des goûts littéraires, musicaux, cinématographiques – et maintenant ludiques – de ses clients devrait permettre à Amazon de devenir une agence matrimoniale de première force. Sur la terre ferme, des règles strictes limitent les possibilités d’extension des hypermarchés, en encadrant leur nombre, leur taille ou leur zone d’implantation. L’objectif est de préserver un équilibre entre la grande distribution et le petit commerce. Rien de tel n’est possible dans le cyberespace : comment mesurer la surface d’une cyberboutique ?