Le projet le plus ambitieux, UCITA, a déjà été adopté par les parlementaires de l’Etat de Virginie. « Uniform Computer Information Transactions Act » concerne tous les programmes, textes, sons et images distribués par le canal du réseau : autrement dit, outre les ventes de logiciels, l’édition de livres en ligne, le cinéma et la distribution musicale de demain. UCITA permet au vendeur d’interdire à l’acheteur une utilisation secondaire du bien acquis. Plus question de le revendre, ou même de l’offrir à un ami. Plus question non plus de donner son avis sur le produit en public, si le vendeur n’y consent pas. Appliqué à l’édition électronique, UCITA contient en germes la fin de la critique littéraire – une éventualité moins surréaliste qu’il n’y paraît, puisque certains vendeurs de logiciels pratiquent déjà l’interdiction de critique sous couvert du contrat de licence imposé à l’acheteur.
La généralisation de ces contrats de licence s’inscrit dans une stratégie industrielle et commerciale plus large : la transition d’un monde dans lequel le consommateur possède l’objet qu’il achète vers un monde dans lequel il paye chaque fois qu’il consomme. C’est le cas, par exemple, lorsque la chute spectaculaire du prix des imprimantes s’accompagne d’une augmentation, tout aussi spectaculaire, du prix de l’encre. Schématiquement on pourrait dire que Hewlett-Packard ne vend plus ses imprimantes : il les offre en échange de la souscription d’un abonnement à ses cartouches d’encre. La tarification à l’usage plutôt qu’à l’achat transforme tout producteur en rentier. L’enthousiasme soudain des multinationales du disque pour la distribution de musique en ligne s’explique par l’attrait de formules inédites de facturation. Au lieu de vendre un CD-Rom, ce qui ne rapporte qu’une fois, l’entreprise percevra une somme correspondant à un certain nombre d’écoutes. Un code informatique provoquera l’autodestruction du fichier musical lorsque ce crédit sera épuisé.
Dans le cas de la diffusion de musique, la mise en pratique de ce « perfectionnement » tarifaire risque de se heurter à l’existence des multiples procédés d’enregistrement sonore