en œuvre, et faisant fi des barrières économiques traditionnelles permettait d’entrevoir une égalisation des conditions de concurrence, c’est le contraire qu’on observe dans les faits. L’Afrique n’a pas profité de l’Internet pour réduire son retard de développement. Les plus déshérités sont partout les premiers largués de la société de l’information. D’un point de vue économique, le constat est net : le fossé digital se creuse. 

Au-delà des enjeux économiques, et en partie à cause de leur importance, le choc de l’arbre et du rhizome est politique. Deleuze et Guattari opposent la pensée nomade à une « pensée d’Etat » qui cherche à discipliner les mouvements rhizomatiques. Dans la jungle touffue de « Mille Plateaux », le chapitre 12 « Traité de nomadologie » porte un sous-titre éloquent : la machine de guerre. La « machine de guerre » nomade - rien à voir avec l’institution militaire - affronte un « appareil d’Etat » actif sur un plan pratique (les organisations policières et bureaucratiques) et sur un plan théorique (par la promotion de systèmes philosophiques clos). La guérilla nomade défend le rhizome, espace hétérogène, multiple, anarchiste, déterritorialisé, face à l’Etat qui s’efforce de transformer cet espace « lisse » en un espace « strié », organisé, normé, sous contrôle. Woodstock d’un côté, Alcatraz de l’autre. 

La volonté de réguler l’Internet figure au programme de nombreux gouvernements. Les objectifs poursuivis et les moyens utilisés varient d’une région du monde à l’autre. La description des agissements de la NSA a déjà mis en évidence l’énergie investie par les autorités américaines dans l’observation du réseau. Sistema Operativno-Rozysknykh Meropriyatii, alias SORM, est l’équivalent russe d’ECHELON. Une décision administrative de 1998 oblige les fournisseurs d’accès russes à installer, à leurs frais, une liaison directe entre leurs ordinateurs et le quartier-général du FSB, le successeur du KGB. Les services de sécurité disposent ainsi d’une vitre sans tain sur le réseau. Ils peuvent observer les internautes en temps réel. L’autorisation d’un juge est théoriquement requise avant une