interception, mais les associations russes de défense de la vie privée sont persuadées que les agents du FSB n’en ont cure. En Europe, l’accent est mis sur la lutte contre la pédophilie et l’autorégulation de l’industrie. La Jordanie surveille les activités politiques de ses internautes : deux étudiants qui avaient lancé un site opposé au rapprochement avec Israël ont été arrêtés. En Birmanie, tout utilisateur du réseau doit posséder une autorisation officielle ; la junte militaire contrôle l’unique fournisseur d’accès et examine à la loupe les courriers birmans. La Malaisie oblige les cybercafés à tenir un registre de leurs clients.

C’est sans doute en Chine que l’affrontement des deux modèles, rhizome contre arbre-racine, est le plus éloquent. Le gouvernement tente d’appliquer au nouveau média les techniques de supervision des médias traditionnels. Pékin interdit la publication sur le Web de secrets d’Etat, une notion floue qui concerne autant les statistiques économiques et les débats politiques que les données militaires. Une information ne peut être introduite sur le Web avant d’avoir été visée par un censeur. Des inspecteurs patrouillent les groupes de discussion à l’affût de propos séditieux. Les utilisateurs de programmes de cryptage doivent se faire enregistrer. Mais la croissance exponentielle de l’Internet dans l’Empire du Milieu rend la tâche des contrôleurs chaque jour un peu plus malaisée. Pékin proscrit l’accès aux sites des médias occidentaux les plus dérangeants : les adresses électroniques de CNN, de la BBC ou du New-York Times sont théoriquement bloquées par les fournisseurs d’accès chinois. Mais les démocrates ont trouvé la parade : le contenu des sites interdits est recopié sur d’autres sites, d’apparence anodine, disséminés à travers le monde. L’adresse de ces sites-miroirs change chaque fois que la censure les repère.

L’issue de ce jeu de cache-cache est incertaine. Elle dépend en grande partie de la réponse à deux questions laissées pour l’instant en suspens. Faut-il conserver une possibilité d’anonymat sur le réseau ? Et qui contrôle le DNS ? Les options prises dans ces deux débats détermineront la nature future du cyberespace. Lieu de