normalisation ou de dissidence. Espace « strié » ou « lisse », pour reprendre une opposition que Deleuze et Guattari empruntent à la musicologie contemporaine, où elle désigne une mesure prisonnière ou libérée du temps : dans quel décor sonore, au rythme de quelle baguette vivrons-nous demain ?
Anonymat et contrôle… Les deux débats ont malheureusement en commun une technicité décourageante. Leur obscurité les confine aux cénacles de spécialistes, alors qu’ils concernent directement la vie quotidienne de tous les connectés, c’est-à-dire bientôt de tous les citoyens. En essayant de clarifier quelques concepts de base, on s’apercevra que la discussion est de surcroît faussée par l’entretien systématique de quelques mythes coriaces, le plus répandu de ces clichés mensongers étant qu’il n’y aurait pas de contrôle possible du réseau.
Tout ordinateur connecté à l’Internet est identifié
par un « numéro IP », une sorte de numéro de téléphone composé
de quatre nombres compris entre 0 et 255. En ce moment, par exemple, mon numéro
IP est 212.65.61.239. Lorsqu’un internaute consulte un site, l’ordinateur
envoie sur le réseau un « paquet » de données comprenant
l’adresse de la page dont il souhaite voir le contenu ainsi que son numéro IP,
indispensable pour que l’information recherchée puisse revenir jusqu’à
lui. On a vu plus haut que les données circulent sur le réseau en essayant
d’emprunter les routes les moins encombrées. Supposons que je m’intéresse
au dernier communiqué du gouvernement tibétain en exil. Je lance un petit
programme qui permet de suivre à la trace les paquets sur le réseau, et
j’observe que ma demande progresse par bonds de Bruxelles à New-York, où se
trouve apparemment l’ordinateur qui héberge les fidèles du Dalaï Lama.
Trois-cent quarante et un millièmes de seconde plus tard, la requête aboutit
à la machine 204.233.139.128, le numéro IP de www.tibet.com.
A chacune des vingt étapes intermédiaires, elle a théoriquement pu être
observée, copiée, détruite, manipulée par le propriétaire de l’ordinateur
relais. En y regardant de plus près, un de ceux-ci,