193.251.128.146, s’avère être mae-east-atm10.2.opentransit.net… Notre vieille connaissance MAE East n’est pas loin. 

La National Security Agency sait maintenant que l’utilisateur de la machine 212.65.61.239 s’intéresse au Tibet. Mais qui est 212.65.61.239 ? Le nom public correspondant à ce numéro IP est i-61-239.bfp-n.euronet.be La NSA peut en déduire que mon fournisseur d’accès Internet est Euronet, une société belge, et que je suis donc vraisemblablement belge – quoique : je pourrais être Oussama Ben Laden me connectant à Euronet depuis le désert afghan par téléphone satellite pour brouiller les pistes. Pour en savoir plus, il faudrait qu’Euronet révèle le nom de l’abonné qui utilisait la machine 61-239 à l’heure où la requête a été émise. Ce type d’information est consignée dans des « log files » très convoitées. Les forces de l’ordre en ont besoin pour retrouver les auteurs de crimes informatiques. Les profileurs du marketing direct pourraient aussi les mettre à profit, en incitant les fournisseurs d’accès à enregistrer l’ensemble des activités de leurs abonnés, et en rachetant ces données à prix d’or – c’est d’ailleurs pour bénéficier de ces précieux éléments que certaines chaînes de grands magasins offrent l’Internet « gratuit » à leurs clients. 

La position des fournisseurs d’accès, garants malgré eux de l’anonymat de leurs clients, est donc particulièrement inconfortable. Leur malaise se traduit notamment dans la manière peu transparente dont s’organise leur collaboration avec les autorités policières et judiciaires. Combien de temps, par exemple, les données de connexion sont-elles conservées ? En Belgique, il n’y a pas de règle : un mois pour certains, éternellement pour d’autres. La question mériterait sans doute un débat démocratique. Elle pourrait toutefois devenir rapidement caduque si le projet d’assigner un numéro IP unique à chaque internaute se réalise. Ce serait une sorte de retour aux sources. Imaginons qu’au lieu d’utiliser ma connexion Euronet je me sois branché sur le réseau via mon adresse à l’Université de Louvain. Mon numéro IP est maintenant 130.104.240.145. Surprise : si je cherche à quel nom il correspond, je découvre qu’il s’agit de thiran.reci.ucl.ac.be…