ont précédé l’Internet, mais ces méthodes de surveillance exigent un déploiement de moyens humains considérable et sont donc en pratique très peu utilisées. A l’inverse, la surveillance électronique ne coûte rien. Elle pourrait même rapporter gros si les forces de l’ordre et les puissance du marketing se mettaient à travailler de concert, un scénario qui n’a rien d’absurde vu la tendance actuelle à la redistribution et au partage des tâches entre la fonction publique et le secteur privé.

Agrippés au quatrième amendement de leur Constitution, qui protège le citoyen contre les intrusions déraisonnables dans ses propriétés personnelles, les Américains ont pris la tête d’une croisade pour la préservation d’une sphère privée dans le cyberespace. On a déjà décrit certains effets de cette mobilisation. Plusieurs projets de lois qui auraient institutionnalisé un quadrillage systématique du Web ont été abandonnés. Le retrait du « clipper chip », la puce de surveillance intégrée à l’ordinateur, est l’exemple le plus célèbre. Mais cette bataille législative s’apparente au labeur de Sisyphe : les projets recalés ont tendance à renaître rapidement sous une autre forme. Le développement d’outils cryptographiques accessibles au grand public est un acquis à plus long terme des défenseurs de l’anonymat. Il reste toutefois soumis à de nombreuses inconnues juridiques, la Belgique étant un des rares pays à avoir entièrement libéralisé l’usage du cryptage. L’arsenal technologique des défenseurs de la vie privée s’est aussi enrichi d’une panoplie de nouvelles armes, plus ou moins efficaces. Le « remailing » est l’utilisation d’un bureau de poste intermédiaire qui efface l’origine réelle d’un message. La technique, très en vogue au milieu des années 90, a perdu beaucoup de son crédit depuis que la police d’Helsinki, agissant à la demande des autorités américaines, a contraint un remailer finlandais à dévoiler l’identité d’un détracteur de l’Eglise de Scientologie qui avait publié des documents confidentiels de la secte sur le réseau. Les portails d’anonymisation masquent le numéro IP d’un utilisateur, mais ils sont réputés pour leur manque de fiabilité  – et certains d’entre eux serviraient de façade aux forces