de l’ordre. D’autres techniques plus sophistiquées et vraisemblablement plus robustes ont fait leur apparition, mais leur usage reste très marginal.  C’est le cas aussi des outils cryptographiques, trop complexes à mettre en œuvre. Conclusion ? La bataille de l’anonymat n’est pas encore jouée : avantage à Alcatraz, mais Woodstock n’a pas dit son dernier mot.

Qui contrôle le DNS ? C’est l’autre question cruciale. Le DNS, initiales anglaises de « système de noms de domaine », est le bottin central de l’Internet. Il convertit les noms de machine en adresses IP, et réciproquement. C’est le DNS qui m’apprend que 130.104.240.145 correspond à thiran.reci.ucl.ac.be et microsoft.com à 207.46.131.137. On comprend facilement que celui qui peut ajouter, retirer ou modifier les données du DNS dispose d’un droit de vie et de mort sur les habitants de l’Internet. En pratique, la gestion de ce gros dictionnaire est décentralisée. Le cyberespace est divisé en tranches sur base de la dernière partie du nom de domaine, le « .com » de « microsoft.com ». Il existe neuf groupes de noms « génériques » (.com pour les sociétés commerciales, .org pour les associations, .edu pour les universités… ) et une terminaison propre à chaque pays (.be pour la Belgique, .us pour les Etats-Unis, .fj pour les îles Fiji…) Les noms nationaux sont gérés par des organisations locales, mais les domaines génériques, de loin les plus peuplés, sont contrôlés par une entreprise américaine. L’histoire du DNS répète un scénario habituel dans les annales de l’Internet : une invention universitaire est récupérée par des intérêts privés sous la supervision attentive des services de sécurité. Le DNS est l’oeuvre d’un chercheur de l’Université de Californie du Sud. Jon Postel, disparu brutalement en 1998 à l’âge de 55 ans, est le premier pionnier à être entré dans la légende de l’Internet. Il avait assisté, un crayon et un carnet à la main, à la naissance de l’ARPANET et s’était progressivement imposé comme l’archiviste et l’ordonnateur du réseau. Lorsque les carnets ne suffirent plus à garder la trace de toutes les machines, Jon Postel développa le DNS et se retrouva naturellement