Etoys, un supermarché virtuel créé en 1996, est lui propriétaire de etoys.com (notez le s qui fait toute la différence). Préoccupé par le risque de voir s’égarer des clients, Etoys propose à etoy de racheter son morceau de cyberespace. Un demi-million de dollars. Les artistes refusent. « L’argent et les actions sont les objets de notre désir, mais c’est pour l’art que nous tuerions… » explique l’agent DAVE dans le style flamboyant et paradoxal qui fait la réputation du groupe. A l’automne 1999, ce qui devait arriver, arrive. Un grand-père américain distrait se trompe de site. Il tombe sur la prose provocatrice des Zurichois, ne comprend pas sa méprise, et expédie au marchand de jouet américain une missive furibarde lui signifiant qu’il ne fera plus ses emplettes chez de pareils désaxés.

Etoys s’appuye sur plusieurs courriers similaires pour porter plainte contre etoy, dont la « nature antisociale, obscène, dépravée, offensante, perverse, anarchiste et rebelle » nuirait à son image. L’incompréhension entre les cybervoisins est complète. Les artistes vendent sur leur site des etoy.SHARE, certificats d’actionnaire imprimés sur un cadre en aluminium et décorés d’une puce électronique. Les avocats d’Etoys prennent la parodie au premier degré et portent plainte pour fraude auprès des autorités boursières. L’approche des fêtes de fin d’année accentue la pression commerciale. Un juge commande à etoy de geler son site en attendant une décision sur le fond. Network Solutions va plus loin : il déconnecte les artistes zurichois. L’affaire fait grand bruit sur le réseau. Un mouvement de solidarité se développe et stigmatise l’arrogance du marchand de jouet. La presse répercute ces échos négatifs ; le cours de l’action Etoys pique du nez. Peu après Noël, confronté à ce qui devient une désastreuse opération de relations publiques, Etoys jette le gant. Les cybermarchands remboursent les honoraires des avocats des cyberartistes et renoncent à revendiquer leur nom. Mais NSI fait la sourde oreille. Au prétexte qu’il faudrait un nouveau jugement pour annuler la décision de justice qui avait précédé la déconnection, les Américains refusent de rebrancher