du réseau présuppose l’existence d’un arbitre neutre, susceptible de prendre en considération les besoins de tous les membres de la cybersociété. Ce n’est plus le cas en Belgique, où l’industrie a pris discrètement en main la gestion du petit lopin de cyberespace national.

« I think we should kill Verbaeten… » Décidément, le professeur louvaniste n’a pas que des amis ! L’appel au meurtre du père détonne dans le cadre feutré du cabinet d’avocats McKenna & Cuneo, où ISOC Belgium tient son assemblée générale annuelle. ISOC Belgium – et on arrêtera là l’indigestion d’acronymes - est l’antenne belge de l’Internet Society.   Si ICANN est un gouvernement en puissance, ISOC pourrait être le parlement du réseau. L’organisation compte dix mille membres répartis en « chapitres » dans cent septante pays. Elle s’est donnée pour mission de représenter les utilisateurs de l’Internet. C’est elle qui supervise l’évolution technologique du réseau, en veillant notamment à ce que tous les ordinateurs continuent à parler le même dialecte informatique.

Dans les réunions de l’Internet Society, la langue de Shakespeare règne en maître. C’est aussi le cas à Bruxelles, où la présidente et la conseillère juridique du chapitre belge accueillent les membres de l’assemblée générale dans un français hésitant, après s’être excusées de leur méconnaissance du flamand. Cecilia Jorgensen et Pamela Cordova forment un duo inattendu : deux femmes d’affaires expatriées s’expriment au nom des internautes belges, alors qu’elles ne parlent pas la principale langue du pays, et qu’elles n’y résident que par un hasard de carrière ! En réalité, Cecilia est une mercenaire. Avant d’atterrir dans le Brabant Wallon, elle vivait à Genève, où elle avait pour voisin et ami le président mondial de l’Internet Society, Don Heath. Elle a fondé l’antenne belge à sa demande, en remplissant un vide, puisque aucun autochtone n’y avait songé avant elle. Quelques figures emblématiques de l’Internet noir-jaune-rouge, dont l’incontournable Pierre Verbaeten, ont été associées au baptême, en décembre 1998. Un an plus tard, alors que le réseau achève sa mue