commerciale, les universitaires sont devenus des partenaires encombrants, et personne ne s’émeut outre mesure d’entendre un porte-parole de l’industrie réclamer en termes imagés la radiation du plus vieux serviteur de l’Internet belge. Cette fois-là, Verbaeten eut la vie sauve. Mais les tueurs de l’Internet de papa n’ont pas dit leur dernier mot.
L’Internet Society est ouverte à tous. A première vue,
ses dix mille membres composent une assemblée multiforme. Une réunion de ce
parlement des utilisateurs ferait siéger côte à côte des polytechniciens
français, des chercheurs hindous et des anarchistes hollandais. En y regardant
de plus près, on retrouve aux postes-clés les représentants des lobbies
habituels. Les responsables des forums techniques viennent en droite ligne des
entreprises qui fabriquent le matériel du réseau. Plusieurs membres du conseil
d’administration d’ISOC sont aussi membres du directoire d’ICANN, et les mêmes
intérêts économiques et stratégiques affleurent dans les deux organigrammes.
Don Heath, par exemple, est un ancien de MCI, le géant des télécommunications
qui contrôle aussi MAE-East. Et on ne s’étonnera pas de découvrir que le siège
de l’Internet Society se trouve à Reston, dans l’Etat de Virginie, à
quelques encablures de Network Solutions, dans cette grande banlieue du
Pentagone où se rassemblent les maîtres du réseau.
Le tableau serait incomplet si on ne mentionnait pas la présence, face aux légions conquérantes de l’industrie et du commerce, d’un petit village d’irréductibles Gaulois. Deux mois après l’homologation d’ISOC Belgium, une poignée d’intellectuels francophones formaient un chapitre concurrent : ISOC Wallonie. La comparaison des curriculum vitae de Cecilia Jorgensen, ancienne vice-présidente d’une grande banque américaine, et de Marie-Anne Delahaut, administratrice-déléguée d’ISOC Wallonie et sociologue dans un centre de recherche inter-universitaire, résume l’opposition entre deux visions philosophiquement incompatibles du réseau. Mais, à défaut de potion magique,