la résistance de quelques humanistes wallons au rouleau compresseur du marché ressemble furieusement à un combat d’arrière-garde.

Et quelle autre potion magique sinon, à nouveau, le réseau lui-même ? La force du rhizome : sa capacité de rassemblement, mise à profit par les adversaires de la mondialisation à Seattle, sa puissance de diffusion, grâce à laquelle Linux est devenu un concurrent de Windows sans dépenser un franc en publicité. Une force invisible, souterraine par essence. Il est logique que les milieux underground aient été les premiers à s’en saisir. Les concepts semés par Deleuze et Guattari vont germer lentement aux Etats-Unis dans une mouvance d’artistes et de penseurs anarchistes – souvent masqués. En 1991, le poète-philosophe Hakim Bey, un nom d’emprunt, se fait le chantre de la Zone d’Autonomie Temporaire, camp de base d’une guérilla nomade qu’il relie au cyberespace. En 1994, le Critical Art Ensemble franchit un pas supplémentaire. Ce collectif anonyme publie un manifeste de la résistance électronique. L’Internet sera l’instrument de la sédition : puisque le pouvoir et le capital prennent une forme de plus en plus liquide, la résistance doit suivre. « La révolution technologique (…) a engendré une nouvelle géographie des relations au pouvoir, inimaginable il y a seulement vingt ans: l'individu est réduit à l'état de données, la surveillance s'exerce à l'échelle globale, les esprits sont absorbés par la réalité cathodique. Un pouvoir autoritaire émerge, alimenté par l'absence. La nouvelle géographie est virtuelle et le noyau de la résistance politique et culturelle doit s'imposer dans cet espace électronique. » Délire politico-esthétique de marginaux allumés ? Les faits vont rapidement prouver le contraire. 

La même année, l’armée de libération du Chiapas met en application les principes de la guérilla électronique.   Les communiqués de guerre du sous-commandant Marcos inondent l’Internet. Le chef de la rébellion zapatiste inaugure le costume du cyberguerillero : un visage masqué et une adresse électronique. Le réseau propage le combat zapatiste sur tous les continents. Il coordonne rassemblements et manifestations.