Une toile de soutien se forme, riche de centaines de nœuds. Progressivement, le cyberespace devient lui-même champ de bataille. A l’annonce d’un massacre d’Indiens au Chiapas à la fin de 1997, des dizaines de milliers de supporters zapatistes répondent à l’appel du réseau en descendant dans les rues. Cette campagne de protestation traditionnelle se double d’une action de guérilla virtuelle. Les ordinateurs du gouvernement mexicain sont « bombardés » de courriers électroniques. Huit mille internautes lancent simultanément un petit robot à l’assaut du site Web du président Zedillo dans l’intention de le paralyser. Les autorités mexicaines répliquent à l’agresseur sur son terrain : un contre-robot gouvernemental s’attaque aux ordinateurs des assaillants.
Ces premières escarmouches ont surtout une valeur symbolique. Elles se terminent sans vainqueur ni vaincu. Les dégâts sont minimes - et forcément virtuels. La maîtrise de l’arme électronique n’a pas permis aux Indiens du Chiapas d’imposer leurs vues au gouvernement du Mexique. Mais l’esprit de « désobéissance civile électronique » va continuer à bourgeonner, et nourrir un foisonnement de combats plus ou moins nobles. Contre les excès de la mondialisation : à Seattle, on l’a vu, où le réseau organise le blocus de la ville pendant que des sit-in virtuels prennent d’assaut – avec un impact anecdotique - quelques cibles informatiques de choix. Contre la surveillance clandestine des citoyens par les Etats : les adversaires d’ECHELON tentent de déstabiliser la National Security Agency par l’envoi massif de messages truffés de mots-clés interdits. Contre les géants du commerce électronique, paralysés pendant quelques heures en février 2000 par un pilonnage informatique présenté à la une de la presse américaine comme une répétition générale de l’apocalypse, et attribué à de mystérieux pirates - les amateurs de conspiration ayant plutôt cru y reconnaître la patte provocatrice des hackers gouvernementaux. Les Etats commencent eux aussi à manier avec efficacité les armes des cyberterroristes : le gouvernement indonésien en a fait la démonstration en bombardant un fournisseur d’accès