antagonistes du cyberespace, et, à nouveau, le choc oppose les deux rives de l’Atlantique. D’un côté, un Internet sous contrôle pyramidal, dominé par les intérêts mercantiles ; de l’autre, un cybermonde anarchiste, lieu d’échanges égalitaires.

Au-delà des péripéties juridiques, le dossier contient en filigrane tous les ingrédients de la confrontation de ces deux futurs possibles. On y retrouve l’évolution des lois sur la protection intellectuelle qui envisagent de rendre illégal le « reverse engineering », le démontage informatique par lequel les hackers ont fait sauter le verrou du DVD. Il y a la faculté d’agir anonymement sur le réseau : Jon Johansen a été arrêté parce qu’il a choisi de se faire connaître, mais la plupart de ses acolytes restent inconnus. Il y a la question du contrôle des DNS : si les avocats de l’industrie cinématographique ont pu facilement obtenir la fermeture d’un certain nombre de sites américains, leur tâche est plus complexe en Europe. Les Norvégiens ont cédé, mais les Luxembourgeois, par exemple, font la sourde oreille. Le site www.free-dvd.org.lu affiche fièrement le code qui fait rugir Hollywood. Qui contrôle le DNS du Grand-Duché ? Un ami d’Hollywood ou un ami des hackers ? Bien sûr, le gérant du DNS, quel qu’il soit, devrait appliquer une éventuelle décision de justice, mais la perspective d’un procès dans chaque recoin du globe n’est guère réaliste, et, à défaut, le brouillard du droit international de l’Internet laisse les mains libres aux gestionnaires locaux. A moins que Network Solutions, ou l’ICANN, ne décident d’autorité de déconnecter l’ensemble du Grand Duché pour forcer le récalcitrant à ce soumettre ? La Maison Blanche avait ainsi envisagé de débrancher la Serbie pendant le conflit du Kosovo - et peut-être n’y avait-elle renoncé que pour ne pas attirer l’attention sur ce pouvoir extravagant. Plus largement, la coopétition entre les membres du cartel du DVD n’est-elle pas problématique en soi ? Une technologie en situation de monopole peut-elle être la propriété exclusive d’intérêts privés sans que la démocratie en pâtisse ?