« Je ne me laisserai pas mettre en fiche ou en boîte. Ma vie m’appartient… Je ne suis pas un numéro. Je suis un homme libre ! » Le Prisonnier, épisode numéro un.
Pauvre numéro 6 ! S’il réapparaissait
aujourd’hui, trente ans après ses débuts télévisés, le personnage de
Patrick McGoohan ne serait plus un, mais une longue liste de numéros. A-t-il un
téléphone portable ? Le voilà déjà doublement estampillé :
chacune de ses conversations porte à la fois le numéro d’identification de
son mobile et le numéro de la carte fournie par l’opérateur du réseau.
Utilise-t-il un ordinateur de la dernière génération ? La puce du
Pentium III d’Intel contient un code d’identification personnalisé, et
cette carte d’identité peut-être consultée par les sites Web auxquels il se
connecte. Confie-t-il ses états d’âme à l’un des programmes de traitement
de texte les plus répandus ? En plus de les mettre en page, le logiciel y
ajoute un numéro unique invisible, permettant de repérer sur l’Internet tous
les documents créés par un même individu.
Ces marquages discrets ont une
utilité évidente pour les forces de l’ordre. On ne compte plus les malfrats
trahis par leur téléphone portable. Même les experts s’y laissent prendre :
l’auteur d’un virus informatique a été confondu par la signature invisible
de son traitement de texte. Les autorités policières se frottent les mains,
mais les défenseurs de la vie privée lèvent les bras au ciel. A l’ère
digitale, l’anonymat est décidément une ressource en voie d’extinction.
La technologie rétrécit irrésistiblement la sphère d’intimité. Près de 30 pour cent des firmes américaines lisent le courrier électronique de leurs employés, un pourcentage qui a doublé en