un article sur les tabous à l’école… « Madame Enrouille visait bas, elle visait juste » : la nouvelle économie confirme les intuitions de Louis-Ferdinand Céline.

Contrairement aux publications traditionnelles, l’édition sur le Web permet de mesurer précisément l’impact de chaque article et de comparer le temps passé par le visiteur dans les différentes parties d’un journal. « Si vous ajoutez sexe dans le titre, vous doublez le nombre de clicks. Et si vous précisez sexe oral, vous vous garantissez le plus haut retour possible » remarque un rédacteur en chef désabusé.  Le constat n’est pas neuf. Le sexe a fait le succès du magnétoscope et du Minitel avant de se révéler l’un des plus moteurs les plus efficaces de la croissance de l’Internet. Les échoppes en ligne des pornographes ont été les premières boutiques de commerce électronique rentables. Leur chiffre d’affaire annuel dépasse désormais le milliard de dollars. C’est le sexe qui a propulsé l’Internet à la une des médias classiques, et c’est lui qui a suscité les premiers débats législatifs, dans la foulée de l’affaire Cyberporn.

Le 3 juillet 1995, la une de l’hebdomadaire Time montre le visage d’un enfant surgissant de la pénombre, bouche bée, les yeux écarquillés. Son regard, entre étonnement et effroi, interpelle frontalement le lecteur. Le mot CYBERPORN barre la couverture du magazine. L’article révèle en primeur les résultats sensationnels d’une étude menée à l’université Carnegie-Mellon.   Un groupe de chercheurs a dépouillé pendant un an et demie un million d’images et de récits. Leur conclusion est sans appel : la pornographie occupe 83,5% du réseau ! La publication de ce chiffre édifiant suscite une réaction immédiate de la communauté scientifique. Les usagers de l’Internet devinent sans peine les conséquences politiques désastreuses de semblable constat et ils n’éprouvent guère de difficulté à mettre en pièces le travail des chercheurs de Pittsburgh : la précision statistique apparente cache une méthodologie douteuse et des extrapolations abusives, les procédures de validation par les pairs n’ont pas été suivies, le principal enquêteur